Marjolaine Sabine analyse les sédiments sur les tronçons de carottes prélevées par 4.000 mètres de profondeur / Photo G. R.

Découverte & Recherche 20 juin 2018

La petite fille qui préférait les livres aux océans

[3/3 Tout au fond du 80°N ]

L'océanographe bordelaise de 27 ans est l'une des premières à prélever le sous-sol marin à la limite de l'Arctique, au 80e degré Nord

Pourtant, elle n’aurait jamais imaginé devenir océanographe. Marjolaine Sabine, 27 ans, se spécialise aujourd’hui dans la sédimentologie et la paléoclimatologie. Elle deviendra enseignant-chercheur.

Posée, la voix très douce et le ton pédagogue, elle remonte son temps bien moins compliqué que les stades climatiques qu’elle décortique. « Enfant, je voulais être doreur et relieur de livres, sourit-elle. Mais les choses se sont enchaînées différemment. » La petite fille passe sa vie dans les livres. Romans, littérature classique, récits d’aventures, elle dévore tout. « Nulle en maths », la collégienne préfère les matières littéraires. « J’étais vraiment mauvaise en mathématiques mais j’adorais les sciences naturelles. »

La rencontre avec ses mentors

Elle passe un bac scientifique et s’inscrit, à 19 ans, à la faculté de biologie à Bordeaux. C’est la que sa vie change. Le hasard des rencontres, des personnalités, un terreau déjà fertile de curiosité pour les choses de la Terre et l’alchimie opère.

« Un professeur, M.Rolin, nous a donné un cours sur l’apparition de la vie sur terre. Je me suis dit: c’est ça que je veux faire. »

Certaine de son choix d’études, l’étudiante demande un entretien avec Philippe Bertrand,  biogéochimiste-paléoclimatologue-paléocéanographe, chercheur et directeur adjoint scientifique à au CNRS/INSU, en charge du domaine Océan Atmosphère. « Je voulais découvrir ce qu’était la géologie et le climat, et je me suis adressée à lui un peu par hasard. Il est simplement le premier à avoir répondu « oui » pour un entretien. J’avais un rendez-vous prévu d’une demi-heure et je suis restée deux heures! Il m’a raconté son métier. Il m’a fait rêver. Je m’en souviendrai toujours; il m’a dit: « Avec un simple fossile de plancton de la taille d’un grain de poussière, il est possible de dire s’il faisait chaud ou froid à un moment donné, et donc de retrouver le climat d’hier. C’était évidemment un immense raccourci, mais la pensée en était si belle qu’elle m’a conquise totalement. Alors, à 20 ans, j’ai su que la géologie serait ma voie. »

Le rêve des mers nordiques

Une autre rencontre la pousse à modifier son cap. Elle rencontre Sébastien Zaragosi, géologue océanographe sédimentologue. « Je tombe alors dans la « sédimento » et je poursuis en me spécialisant depuis ans en paléoclimatologie. Sébastien m’apprend énormément dans le domaine de la sédimentologie, et Frédérique Eynaud, ma directrice de thèse, m’apprend à évoluer dans le monde de la paléoclimatologie. »

C’est par leur soutien et leur détermination qu’en septembre 2017, elle réalise un rêve vieux de 6 ans: embarquer sur une mission scientifique en mer nordique*.

La petite fille qui voulait fabriquer des livres présente aujourd’hui un avantage incontestable sur ses collègues peu enclins à la lecture: elle prend plaisir à se plonger dans des pavés d’études et d’analyses. »

A force de lire, elle finira peut-être par écrire.

*La mission scientifique du Service Hydrographique et Océanographique de la Marine (SHOM), la mission « MOCOSED 2017 ».
Gaëlle Richard