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Dossier 20 mai 2019

Venise expose l’épave de la honte

La nuit du 18 au 19 avril 2015 a vu se produire le plus grand naufrage de migrants en Méditerrannée : un bateau transportant près d’un millier de migrants a chaviré en pleine mer, alors qu’il était accolé à un cargo portugais venu les secourir. L’équipage du navire de secours a assisté au drame, impuissant et horrifié. Seules 28 personnes ont survécu. Cette catastrophe a, bien évidemment, choqué le monde entier et a été très largement médiatisée, présenté par les grands médias comme une honte européenne.

Le témoignage des survivants a permis de confirmer que le navire était partit à 8 h de Tripoli,en Libye, le jour-même. Un mouvement de foule au sein du bateau serait responsable du drame.

L’Europe tenue pour responsable du drame

Le chef du gouvernement italien de l’époque, Matteo Renzi, a immédiatement ordonné la récupération du navire, qui gisait par 370 mètre de profondeur au sein de la Méditerrannée, afin d’y extraire les corps des 900 victimes, de les identifier, et de leur accorder une sépulture digne de ce nom.

Dans l’épave du bateau, des centaines de documents attestant l’identité des victimes ont été retrouvés : passeports, bulletins scolaires, pièces d’identité, tous provenaient de pays aussi divers que le Soudan, la Syrie, la Somalie, le Mali, la Gambie, le Bangladesh… L’épisode de cette triste histoire a également été rendue célèbre par les trouvailles que firent les pompiers au sein du bateau : certains passagers avaient emmené avec eux des sacs de terre provenant de leurs pays d’origine.

Cette catastrophe a ébranlé le monde entier, et particulièrement l’Europe, destination initiale des migrants à bord du bateau, fuyant des conditions de vie terribles dans leurs pays natals. La commission Européenne a été violemment critiquée après le drame, accusée par Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, de fermer les yeux sur les drames que vivent les migrants en Méditerrannée, et de non-assistance à personne en danger.

L’exposition de l’épave à la Biennale de Venise

Le gouvernement italien destinait le navire à la destruction, avant que l’artiste suisse Christoph Buchel n’obtienne pas les accords du Comité du 18 avril, représentant les victimes, afin d’exposer le navire à Venise. Le projet de l’artiste, nommé Barca Nostra, s’intégrera à la Biennale d’art contemporain de la ville, ouverte au public jusqu’au 24 novembre 2019. Paolo Baratta, président de la Biennale, a précisé dans un communiqué de presse qu’il s’agissait d’une installation inédite, non accompagnée d’explications, comme une invitation au recueillement.

L’épave du bateau est ainsi exposée au sein de l’Arsenal de Venise, dans son état originel au moment du repêchage, à une exception près : il est possible de distinguer dans la coque du bateau, un rectangle de coque découpé, ayant servi aux pompiers d’extraire les corps des centaines de victimes.

 

 

Ed.W