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Glisse 19 janvier 2020

Les femmes et le surf : elles n’ont pas à rougir !

Dans l’esprit populaire, l’image de la « surfeuse » a longtemps été synonyme de simple « canon de beauté »

Découvert pour la première fois dans les eaux du Pacifique en 1778 par l’illustre navigateur James Cook, le « surf-riding » aura pourtant longtemps été exclusivement pratiqué sur les côtes hawaïennes et, ce, depuis le XVe siècle. A ce jour, le monde compte plusieurs millions d’adeptes du sport de glisse, dont de nombreuses femmes. A l’heure où la vague Teahupoo, longtemps interdite aux femmes, revient au coeur du débat à l’occasion des JO 2024, zoom sur le mariage encore timide qui lie les femmes aux planches de glisse. 

Les femmes et le surf : une pratique professionnelle mal reconnue

Si le surf féminin est aujourd’hui reconnu, bien qu’encore dans l’ombre des athlètes masculins, l’histoire n’aura pas toujours tournée ainsi. Pratique traditionnelle dans les eaux hawaïennes, le surf-riding était dès le XVe siècle pratiqué par toutes les populations de l’archipel polynésien. Femmes, hommes et enfants, confondus, tous s’accordaient à monter sur les planches dès que l’occasion se présentait. Lorsque le sport de glisse s’est exporté vers les contrées voisines, les femmes étant restreintes quant à leurs activités nautiques, elles étaient peu à se jeter à l’eau. 

Dans l’esprit populaire, l’image de la « surfeuse » a longtemps été synonyme de simple « canon de beauté », mettant ainsi sous silence les performances sportives de l’athlète. Pourtant, dès les années 90, si le surf féminin peine à marquer les esprits, les athlètes féminines continuent de mener leur combat pour faire reconnaître leurs exploits et pouvoir ainsi vivre de la passion qui les anime. 

L’évolution de la place des femmes 

Au fil du temps, des noms comme Margo Oberg, Lisa Andersen, Stéphanie Gilmore ou encore Johanne Defay sont sortis du lot et ont contribué à faire du surf féminin un sport à suivre de près ! 

A ce jour, selon les données recueillies par l’International Surfing Association (ISA), le média Surfing Australia et l’Association du fabricant de l’industrie du surf (SIMA), le nombre de surfeurs actifs à travers le monde s’estiment entre 17 et 35 millions, dont plus de 4,5 millions sur le territoire européen. La part de femmes dans cet ensemble ne s’élèverait qu’à 19 % environ.

Teahupoo et le surf féminin : pour l’amour de l’exploit

La première à s’être attaquée à l’effrayante et exaltante Teahupoo répond au nom de Keala Kennelly. Grand nom du surf féminin, la jeune Américaine a enchainé les victoires des années 90 jusqu’à son retrait du riding professionnel en 2007. Ce n’est d’ailleurs que deux ans plus tôt, en 2005, que le nom de Keala Kennelly va sonner comme une démonstration de talent et de puissance puisque l’athlète s’est admirablement démarquée en devenant la première femme à surfer l’immense vague de Teahupoo en tow-in. 

Si l’exploit fut grandement salué, la World Surf League (WSL), nommée à l’époque Association of Surfing Professionnals (ASP), a pris la décision de retirer le passage des surfeuses féminines dans la gueule de Teahupoo pour les années qui suivront. Considérée comme véritablement périlleuse, la vague Teahupoo aura donc longtemps été écartée des tours professionnels féminins : « C’est une vague très dangereuse, on a le reef (récif) juste en face, souvent on finit par se blesser. En plus, les conditions peuvent être énormes, les risques sont plus importants », a expliqué Michel Bourez, un surfeur pro de nationalité tahitienne, à l’AFP.

Situé sur l’île de Tahiti, le spot si prisé des surfeurs a vu les premières compétitions de surf mondial se dérouler en 1997. Ses vagues, dépassant parfois les plus de 5 mètres de hauteur, auront déjà fait de graves dégâts, causant des blessures plus ou moins graves aux surfeurs qui s’y sont frottés. En avril 2000, le surfeur Brice Taerea y a même laissé sa vie. 

Les femmes sur la voie de l’égalité

A l’heure où le combat mettant l’égalité entre les hommes et les femmes au coeur du débat ne cesse de s’intensifier, interdire un lieu à la gent féminine s’inscrit alors comme un acte rétrograde et contraire à l’évolution. Si Teahupoo a longtemps été interdite aux surfeuses professionnelles, ce sera peut-être bientôt de l’histoire ancienne. Le spot au sud de Tahiti ayant été sélectionné pour les épreuves de surf des JO 2024 par le Comité d’organisation des Jeux, tous les athlètes devraient pouvoir s’y frotter si le CIO valide la candidature de Tahiti. En effet, selon le cahier des charges, le site choisi doit pouvoir accueillir et convenir aux sportifs masculins comme féminins. 

Si la vague a été considérée comme trop dangereuse et inadaptée aux femmes pendant ces 13 années d’interdiction dans le circuit professionnel, Teahupoo serait à ce jour aussi praticable pour les hommes que les femmes : « Ils ont retiré la vague du circuit parce que trop de femmes se blessaient mais, avant, les planches étaient moins adaptées à la vague. Aujourd’hui, le niveau est beaucoup plus élevé », a argumenté Vahine Fierro, surfeuse polynésienne professionnelle.

Ed.W