L'Hermione, image via Wikipedia

Insolite 1 mai 2020

Le saviez-vous ? La frégate l’Hermione

Découvrez l'incroyable histoire de la frégate l'Hermione.

La frégate Hermione : au service de l’histoire

En 1997, l’association Hermione-La Fayette entreprend la construction d’une réplique de la frégate Hermione, célèbre pour avoir permis au marquis de La Fayette de rejoindre les insurgés américains en 1780, afin de les soutenir dans leur combat pour l’indépendance face aux Anglais. Disparu au large du Croisic en 1793, ce navire avait fait la fierté de l’arsenal de Rochefort et de la marine royale française ; sa réplique moderne sert de support à de nombreuses reconstitutions historiques, et ravive ainsi sa gloire passée.

Mais, le saviez-vous ?

L’Hermione de 1779 : un emblème de la puissance de la marine royale française Un chef-d’oeuvre de l’arsenal de Rochefort

Mise en chantier en 1778, la frégate Hermione fait partie des quelques 550 navires qui sont construits au sein de l’arsenal de Rochefort entre 1669 et 1862. Voulu par Jean-Baptiste Colbert qui, dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, lance un vaste plan d’aménagement d’arsenaux dédiés à la fabrication, l’armement et l’entretien des navires de la flotte française, l’arsenal de Rochefort participe à l’ambition de ses fondateurs de faire de cette ville le plus beau port de guerre d’Europe.

Vue du port de Rochefort avec la Corderie, par Radovan Mirazovic, copie du tableau exécuté en 1762 par Joseph Vernet, collection Musée Mer Marine Bordeaux

Réalisée sur les plans de l’ingénieur Chevillard Aîné et mesurant plus de 65 mètres de long hors tout, l’Hermione est une frégate de 12, c’est-à-dire qu’elle est armée de canons tirant des boulets de 12 livres, et fait partie de la classe Concorde. Dotée d’une voilure de 2200 m2 répartie sur trois mâts, elle appartient également à la catégorie des frégates dites légères, que l’on apprécie pour leur maniabilité et leur rapidité. Après 11 mois d’un travail acharné ayant mis à contribution des centaines d’artisans et tout le savoir-faire technique acquis par les arsenaux royaux depuis plus d’un siècle, l’Hermione est armée au printemps 1779, puis réalise une première campagne au large des côtes françaises et espagnoles.

L’Hermione, Un acteur de premier plan dans la guerre d’indépendance américaine

Après avoir été pourvue d’un doublage de cuivre destiné à protéger sa coque, l’Hermione quitte Rochefort en janvier 1780 sous le commandement de Latouche-Tréville. En mars, le jeune Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert Motier, marquis de La Fayette, embarque sur la frégate à Port- des-Barques, avant que celle-ci ne mette le cap vers l’ouest. La Fayette, qui s’est déjà rendu en Amérique, est parvenu à convaincre le roi Louis XVI de soutenir militairement et financièrement l’armée du Général Washington. Le 22 avril, les côtes américaines sont en vue. Et c’est le 28 avril 1780 que l’Hermione fait son entrée dans le port de Boston, où La Fayette annonce au Général Washington l’arrivée des renforts français.

Le 4 mai, Latouche-Tréville reçoit à bord de l’Hermione les principaux membres du Conseil de l’État du Massachusetts, auquel il propose la mise à disposition de la frégate contre les navires anglais qui menacent le commerce local. Début juin, l’Hermione capture deux navires de commerce anglais, avant d’être sévèrement touchée lors d’un duel avec la frégate anglaise Iris. Tandis que le navire fait l’objet de réparations à Newport, a lieu l’anniversaire des quatre ans de la Déclaration d’Indépendance des 13 États-Unis d’Amérique, le 4 juillet 1780 ; l’Hermione est parée de drapeaux et Latouche-Tréville fait tirer trois salves de 13 coups de canon pour célébrer cet événement. L’arrivée des renforts est annoncée le 10 juillet et plus d’une quarantaine de navires français font leur apparition devant les côtes américaines.

L’Hermione participe notamment à la Bataille du Cap Henry en mars 1781 – prélude à la grande bataille de Chesapeake qui verra la flotte française remporter une importante victoire -, ainsi qu’à la bataille de Louisbourg où, associée à la frégate l’Astrée du comte de La Pérouse, elle parvient à tenir en échec six navires anglais. Le 4 mai 1781, elle est le théâtre d’une rencontre avec le jeune Congrès américain. Mais la frégate assiste surtout à la bataille de Yorktown, qui se solde le 19 octobre 1781 par la reddition de l’armée anglaise et par la victoire décisive de Washington et de ses alliés français, menés par Rochambeau. L’Hermione aura donc participé à la naissance des États-Unis, l’événement le plus important à long terme du XVIIIe siècle.

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Sensible à la cause des insurgés américains, La Fayette sera quant à lui le héros de trois révolutions : celle de l’Indépendance américaine, celle de 1789 et celle de 1830. Général et homme politique majeur de l’histoire de France, c’est assez logiquement que son nom reste attaché à l’histoire de l’Hermione, jusqu’à l’association qui a encadré la construction de sa réplique.

Une réplique la plus fidèle possible

Après avoir soutenu les forces révolutionnaires françaises, l’Hermione fait naufrage le 20 septembre 1793 à la sortie de l’estuaire de la Loire, à cause d’un équipage peu expérimenté. C’est dans l’espoir de réparer cette perte que l’Association Hermione-La Fayette se lance en juillet 1997 dans la réalisation d’une réplique du navire.

L’enjeu est de construire le plus fidèlement possible une frégate légère de la fin du XVIIIe siècle, tout en respectant les réglementations en vigueur deux siècles plus tard pour un navire de plus de 65 mètres de long. Les plans d’origine étant perdus, les concepteurs se penchent sur ceux de la Concorde, qui fait partie avec l’Hermione de la série de quatre frégates similaires mises en chantier à Rochefort en 1778. L’équipe s’inspire également de tableaux sur lesquels le navire est représenté.

Sélectionnés dans les forêts françaises, plus de 2000 chênes alimentent la construction, qui dure près de 17 ans. La coque est réalisée dans une forme de radoub de l’arsenal de Rochefort, classée monument historique ; sont ajoutées des passerelles qui permettent au public d’assister à la construction.

Un « navire-spectacle » au service de la mise en valeur d’un patrimoine historique

L’ambition de l’Association Hermione-La Fayette est de mettre en valeur le patrimoine maritime exceptionnel de Rochefort, à travers la réplique d’un navire historique, également considéré comme un symbole de la fraternité franco-américaine.

L’Hermione, image via Pixabay

C’est dans le cadre d’un véritable chantier-spectacle que se déroulent la fabrication de la coque, sa mise à l’eau puis l’installation du gréement, avec un grand mât de 54 mètres au-dessus de la quille. Les ateliers, servant désormais à la maintenance, sont toujours accessibles à la visite au sein de l’arsenal de Rochefort, en plus de la Corderie Royale et du Musée national de la Marine.

L’Hermione fait sa première sortie en septembre 2014 sous les regards de milliers de téléspectateurs. Parée de 26 canons, tirant des boulets de 12 livres, et de six canons tirant des boulets de six livres, elle pèse 1100 tonnes. Avec son équipage de professionnels et de bénévoles, l’Hermione est apte à la navigation hauturière et transocéanique. Après ces premiers essais au large des côtes françaises, elle réalise en 2015 le souhait de départ des concepteurs : suivre les traces de La Fayette et faire le voyage depuis Rochefort jusqu’à Boston.

En 2018, la frégate fera également une tournée des ports de la Méditerranée, avant de participer à l’Armada de Rouen en 2019. 2018 est aussi l’année de la mise en place d’un partenariat entre l’Association Hermione-La Fayette et le Musée Mer Marine de Bordeaux ; à l’occasion d’une escale bordelaise au printemps 2018, la frégate est le théâtre de la signature de l’accord entre Olivier Pagezy, Président de l’Association, et Norbert Fradin, fondateur du Musée, qui décident ainsi de mettre en commun leurs efforts pour la mise en valeur du patrimoine maritime néo- aquitain.

Sarah Barry