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Jean-Luc Van Den Heede coupe la ligne d'arrivée sous spi,mardi 29 janvier en milieu de matinée / Photo Gaëlle Richard

Nautisme 29 janvier 2019

Jean-Luc Van Den Heede remporte la première Golden Globe Race

Le skipper a coupé la ligne d'arrivée dans la matinée. VDH remporte la première édition de cette course autour du monde à l'ancienne

Jean-Luc Van Den Heede vient de remporter la première édition de la Golden Globe Race 2018. Il aura donc mis 211 jours 23 heures 12 minutes et 19 secondes. Soit 101 jours de moins que Sir Robin Knox-Johnston en 1969, premier homme à avoir fait le tour du monde en solitaire sans escale. A 73 ans, un chavirage, un bateau lent (5 noeuds de moyenne), « VDH »vient de boucler un tour de la terre sur un voilier de 10,70 mètres.

Sixième et dernier tour du monde

A 74 ans, Jean-Luc Van Den Heede achève là son sixième et dernier tour du monde. En 1990, il finissait 3e du premier Vendée Globe Challenge. En 1993, il terminait second. En 2019, 29 janvier, il remporte la première Golden Globe Race.

« On ne fait pas un tour du monde sans moments difficiles. J’en ai vécu dans le gros temps après mon chavirage. »

Il a coupé la ligne d’arriver sous spi en milieu de matinée. Plusieurs marins sont venus l’accueillir comme Alain Gauthier (vainqueur du Vendée Globe 1992), Catherine Chabaud (première femme à terminer un tour du monde à la voile), Arnaud Boissière (7e au Vendée Globe 2009 et 8e en 2013). Sir Robin Knox-Johnston n’a pas caché sa joie de retrouver le marin lui succédant dans l’histoire de cette course à la voile, cinquante ans après.

Sir Robin Knox Johnston félicite Jean-Luc Van Den Heede lors de son arrivée, 50 ans après lui / Photo Gaëlle Richard

Frais comme un gardon!

Jean-Luc Van Den Heede débarque après un tour du monde (un chavirage et trois ascensions au mât) frais comme s’il était parti en croisière. En grande forme physique et morale, sur le ponton d’arrivée et en conférence de presse, il enchaîne les traits d’humour, les bons mots à l’attention de chacun, les journalistes et les sponsors.

« Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de course, a-t-il raconté. Nous avions des bateaux identiques mais nous nous sommes rapidement retrouvés à trois devant, avec Philippe Péché en tête. Quand il a décidé d’arrêter, je me suis retrouvé seul devant avec Mark Slats à mes trousses. Et ce jusqu’à l’arrivée. »

Des moments difficiles…

Au travers de son éternel et solide optimisme, le skipper aux douze passages de Cap Horn laisse tout de même entrevoir ses émotions. A peine mais tout de même. A la question, avez-vous eu peur pour vous-même, il répond « Non ». Mais avoue « avoir passé des moments difficiles ». « C’est certain, poursuit-il, on ne fait pas un tour du monde sans moments difficiles. J’en ai vécu dans le gros temps après mon chavirage (le 3e de ma vie). On se dit que si ça recommence, c’est fini. »

…et des moments mythiques

« On a beau être habitué (j’ai passé le Cap Horn douze fois, dont dix en solo), il y a des étapes qui restent impressionnantes. Le Cap Horn reste un moment très important car c’est une légende pour les marins. C’est une sorte d’aboutissement. Mais le piège c’est de croire, qu’après, ça y est, c’est fini, on est rentré! Pas du tout car le golfe de Gascogne en hiver, ça vaut parfois les 40e Rugissants. »

Sir Robin Knox -Johnston

Sir Robin Knox -Johnston se souvient de sa propre arrivée en 1969. « J’avais envie d’un beef-steack, d’un pack de bière et d’un bain. Et toi? » VDH répond: « Moi pareil mais à l’inverse: un bain, une bière et un steack. »

Souriant, affable, le skipper passe sa journée d’arrivée à répondre aux médias français et anglais, serrer des mains et être présent. Dans deux jours, il se posera et s’ouvrira à ses proches, ses enfants, ses amis, sa compagne.

Avant de rêver à sa prochaine aventure. « Je ne repartirai pas autour du monde, affirme-t-il. Sauf si quelqu’un invente un truc génial! »

Gaëlle Richard

 

 

Verbatim du marin

« Je repars pour ce tour du monde parce que c’est un Tour du monde qui m’a fait rêver il y a cinquante ans. Mais c’est mon dernier tour du monde. » (avril 2018, avant le départ de la course)

« Dans la Golden Globe Race, le classement ne dépend pas de l’argent. Dans les courses, Vendée Globe notamment, il faut beaucoup d’argent. On arrive en fonction de son argent. »

« Dans la Golden Globe Race, sans électronique, sans GPS, sans ordinateur, il faut faire son point soi-même. Donc, on doute toujours. Il y a zéro certitude. On n’a aucun moyen d’éviter les dépressions. On subit. Si on te dit, dans le golfe de Gascogne, il y aura 40 noeuds de vent et 50 sous rafale… hé bien il y aura 50 noeuds et c’est tout. Le marin n’a qu’une solution: négocier la mer. »

« Tout de même… grimper au mât ce n’est plus de mon âge! Et puis, défaire une goupille à 6 mètres de haut, c’est carrément Fort Boyard! »

« Quand on part pour une aventure telle qu’un tour du monde, on part avec l’accord de son entourage. Et puis, six mois, souvenez-vous, ce n’est pas très vieux! ça passe vite. »

Jean-Luc Van Den Heede lors de l’arrivée au ponton / Photo Gaëlle Richard

Dans le chenal des Sables d’Olonne, le marin salue la foule avec plaisir / Photo Gaëlle Richard