La Grande Plage de Biarritz dans la lumière dorée du soir, avec le phare au loin et quelques baigneurs dans les vagues
La Grande Plage de Biarritz, version soirée d'été. Photo : Christian David / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Environnement • 15 octobre 2026

29 °C à Biarritz mi-octobre : l’Atlantique joue l’été indien, pile 39 ans après l’ouragan de 1987

Jeudi 15 octobre, le Sud-Ouest a ressorti les serviettes : près de 30 °C sur la côte basque et landaise, des plages remplies comme un dimanche d’août et des surfeurs qui hésitaient entre la 3/2 et le shorty. Ironie du calendrier : trente-neuf ans plus tôt, jour pour jour, l’Atlantique lâchait sur la Bretagne la pire tempête de la fin du XXe siècle. Même océan, même date, deux visages. Et le rideau retombe déjà.

Un jeudi de juillet glissé dans le calendrier d’octobre

Il fallait voir les cartes pour y croire. Dès le lundi, Météo-France annonçait pour ce jeudi 29,6 °C à Pau, 28,6 °C à Bordeaux, 28,2 °C à Mont-de-Marsan et 28 °C à Biarritz. D’autres prévisionnistes poussaient Biarritz et Bordeaux jusqu’à 29 °C, et plusieurs médias ont évoqué des pointes autour de 30 °C sur la côte atlantique, jusqu’à 31 °C dans le sud de la Nouvelle-Aquitaine. À cette période, la normale tourne plutôt autour de 18 à 20 °C sur le littoral : on parle donc d’un écart de 7 à 10 °C sur l’Ouest, de quoi donner le vertige aux statisticiens comme aux vendeurs de glaces qui avaient déjà rangé les parasols.

La mécanique, elle, n’a rien de mystérieux. L’anticyclone a glissé de la France vers l’Allemagne et, en tournant, il a ouvert grand le robinet du sud-ouest, aspirant une masse d’air venue du Maroc et de la péninsule Ibérique. Un vol direct Marrakech–Bordeaux, sans escale ni contrôle des bagages, avec plus de 16 °C mesurés à 1 500 mètres d’altitude. Pour situer l’anomalie, les prévisionnistes de TaMeteo notaient que Nantes n’avait jamais atteint 27 °C après le 13 octobre.

Pas de record mensuel pour autant : la barre reste fixée au 9 octobre 2023, quand Nantes avait affiché 30,4 °C. Mais un pic pareil, aussi tard, après un été 2026 qui a déjà aligné un nombre record de jours de canicule, ça finit par ressembler moins à une anecdote qu’à une habitude.

Sur le sable, l’été refusait de rendre les clés

Sur la Grande Plage de Biarritz comme à Hossegor, le décor avait des airs de fin juillet : serviettes alignées, enfants qui creusent, retraités qui prolongent le déjeuner en terrasse, et ce petit air coupable de ceux qui ont posé leur après-midi « pour raisons personnelles ». Au line-up, l’ambiance tenait du miracle : de l’eau encore fréquentable, une lumière rasante qui transforme chaque lèvre de vague en feuille d’or, et un parking où l’on parlait plus de crème solaire que de combinaison intégrale.

Surfeurs et baigneurs sur la plage d'Hossegor un jour ensoleillé d'octobre, planches sous le bras
Hossegor, un 9 octobre : combis, maillots et seaux de plage. Photo : ElfeJediBiochimiste (Kelly Walter) / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Petit rappel d’initié, quand même : en octobre, la plupart des postes de secours sont fermés depuis des semaines. Les baïnes, elles, ne prennent jamais de congés. Un air de juillet ne fait pas une plage surveillée : on se baigne là où l’on a pied, à plusieurs, et on garde un œil sur ces couloirs d’eau calme qui ont l’air si accueillants et qui vous emmènent au large sans prévenir.

15 octobre 1987 : même date, l’autre visage de l’Atlantique

Ceux qui ont l’âge de s’en souvenir n’ont pas oublié. Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1987, une dépression se creuse à une vitesse folle au large de la Bretagne : plus de 30 hectopascals perdus en moins de vingt-quatre heures, et une pression qui descend autour de 948 hPa à la pointe bretonne. Ce qu’on surnommera « l’ouragan de 1987 » n’est pas un cyclone tropical, mais une bombe météorologique de nos latitudes. Et elle frappe fort.

Les rafales dépassent les 200 km/h sur les caps de Bretagne et du Cotentin, Brest encaisse 148 km/h, un record absolu pour la ville, et plusieurs instruments de mesure rendent l’âme avant la fin de la nuit. La Gironde, la Charente-Maritime et la Vendée prennent déjà des coups dès la soirée. Au petit matin, la France compte une quinzaine de morts, plus d’un million d’abonnés privés d’électricité, des ports dévastés, des clochers à terre et des forêts bretonnes couchées comme un champ de blé.

Un jardin dévasté au lendemain de la tempête d'octobre 1987 : clôture arrachée et végétation couchée contre une maison
East Preston (Sussex), au lendemain de la tempête du 16 octobre 1987. Photo : Leonora (Ellie) Enking / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

De l’autre côté de la Manche, le sud de l’Angleterre perd environ quinze millions d’arbres en une nuit. La veille au soir, sur la BBC, le présentateur météo Michael Fish avait rassuré les téléspectateurs : quelqu’un avait appelé pour signaler un ouragan, mais il n’y en aurait pas. Il a toujours juré que la remarque visait la Floride. Trente-neuf ans plus tard, la séquence tourne encore, comme un rappel que l’Atlantique adore humilier ceux qui croient le connaître.

Et maintenant ? Douche froide, vent de terre et Championnats de France

La parenthèse se referme aussi vite qu’elle s’est ouverte. Dès ce vendredi, un air plus frais rentre par le nord-ouest. Le week-end, un courant continental de nord-est installe des températures légèrement sous les normales et des matinées franchement fraîches : Bordeaux était annoncé autour de 16 à 17 °C dimanche, soit une douzaine de degrés de moins que jeudi. Retour à un automne classique, sans drame.

Le détail que les surfeurs ont déjà repéré

Un vent de nord-est sur la côte landaise, c’est du vent de terre. Autrement dit, le genre de souffle qui lisse les vagues et fait briller les yeux des riders. Et ça tombe bien : les Championnats de France de surf 2026 démarrent ce samedi 17 octobre entre Hossegor, Seignosse et Capbreton. Reste à savoir si la houle sera au rendez-vous, mais le décor, lui, s’annonce soigné.

Vue sur la baie de Biarritz, ses falaises, la Grande Plage et la ville sous un ciel nuageux
Biarritz, entre falaises et Grande Plage. Photo : Romainbehar / Wikimedia Commons, CC0 (domaine public)

Un pic isolé, une tendance lourde

Une journée chaude ne fait pas le climat, et personne ne dira le contraire. Mais le contexte, lui, pèse lourd : un été 2026 qui a pulvérisé le compteur des jours de canicule selon Météo-France, une Méditerranée qui a battu son record de chaleur en juillet, et des automnes qui jouent de plus en plus souvent les prolongations. Or un océan plus chaud, c’est aussi plus d’énergie disponible pour les tempêtes qui, elles, finissent toujours par revenir.

Le mot de la fin

L’Atlantique n’a pas d’humeur, il a des saisons, et on les lui dérègle. Jeudi, il servait des mojitos au soleil couchant de Biarritz. Il y a trente-neuf ans, à la même date, il arrachait les clochers bretons. Profitez du premier, respectez le second : en novembre, c’est lui qui choisit le cocktail.


Sources : Météo-France (prévisions du 12 octobre 2026, via Selectra) ; TaMeteo (14 octobre 2026) ; Météo Paris (11 et 15 octobre 2026) ; Franceinfo et France Bleu (15 octobre 2026) ; Europe 1 / AFP d’après Météo-France (19 août 2026) ; Wikipedia, « Great storm of 1987 ».

Crédits photos : Image à la une : « Grande plage de Biarritz en 2025 », Christian David, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. « PlageHossegor2 », ElfeJediBiochimiste (Kelly Walter), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons. « The Great Storm of 1987 », Leonora (Ellie) Enking, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons. « Biarritz – Grande plage 2 », Romainbehar, CC0, via Wikimedia Commons.