Silhouette de la tour d'observation en bois et du long ponton de Cloud 9 sur l'île de Siargao, aux Philippines, sous un ciel violet de crépuscule
Le ponton et la tour de Cloud 9, à General Luna (Siargao), d'où le public suivra le Philippines Pro. Photo : JupitReyes, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Glisse • 29 octobre 2026

Cloud 9 : la WSL débarque aux Philippines pour le dernier tube avant Pipeline

Il y a des vagues qu’on découvre dans un magazine et qu’on ne cesse plus jamais de chercher. Cloud 9 en fait partie. À partir du 31 octobre, cette droite tubulaire de l’île de Siargao accueille pour la première fois de son histoire le Championship Tour de la World Surf League. Dernière marche avant Pipeline, et un récif qui ne fera de cadeau à personne : bienvenue au Philippines Pro.

Une étape née d’un calendrier en vrac

Rien, au départ, ne destinait Siargao à jouer les premiers rôles cette saison. L’étape a été ajoutée au calendrier en juillet, comme une roue de secours, au moment où le conflit au Moyen-Orient rendait de plus en plus improbable la tenue du Surf Abu Dhabi Pro, prévu fin novembre dans la piscine à vagues des Émirats. Abu Dhabi est finalement passé à la trappe, et la roue de secours est devenue la voiture : le Philippines Pro, ancienne épreuve du circuit qualificatif (QS 6 000), est promu au rang d’étape élite pour 2026 et 2027.

La tour d'observation de Cloud 9 au bout de son ponton de bois, sur le récif de Siargao à marée basse, sous un grand ciel bleu
Cloud 9, sur la côte est de Siargao : une tour, un ponton, et un récif à fleur d’eau. Photo : Spraken eboy2887, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Cloud 9, la vague baptisée d’après une barre chocolatée

La légende est connue des initiés, et elle mérite d’être racontée aux autres. Repérée à la fin des années 1980 par des surfeurs voyageurs, la vague de General Luna doit son nom au photographe américain John Seaton Callahan, qui l’a baptisée d’après une barre chocolatée du même nom. En mars 1993, le magazine Surfer lui consacre un reportage ; deux ans plus tard, il classe le trip à Siargao parmi les dix meilleurs surf trips de tous les temps. Depuis, les guesthouses ont poussé, et les locaux ont rebaptisé le spot « Crowd 9 ».

Techniquement, Cloud 9 est une droite de récif, épaisse et creuse, qui casse sur une dalle peu profonde et offre des tubes parmi les plus réputés du Pacifique. Le genre de vague qui récompense l’engagement et punit l’hésitation au centimètre près. Le spot accueille depuis 1996 le Siargao International Surfing Cup, la plus ancienne compétition internationale du pays, intégrée au circuit QS depuis 2014. Sa célèbre tour en bois, plantée au bout du ponton, avait été rasée par le super typhon Rai (Odette pour les Philippins) en décembre 2021. Cinq ans plus tard, l’île accueille l’élite mondiale : il y a des revanches qui ont du panache.

Ce qui s’est joué au Portugal

Le postseason a ouvert ses portes à Supertubos, du 16 au 25 octobre, et Peniche n’a pas déçu. Chez les hommes, Griffin Colapinto a remporté une finale à couper le souffle face à Gabriel Medina (17,60 contre 16,77), arrachée sur un tube noté 9,43 après que le Brésilien eut repris l’avantage dans un barrel tout aussi profond. Medina a tenté le tout pour le tout dans les dernières minutes avec le plus gros aérien de l’épreuve, sans parvenir à le poser. Colapinto, lui, signe un troisième succès en trois finales disputées au Portugal : à ce niveau, cela ne relève plus de la coïncidence.

Chez les femmes, Molly Picklum a dominé Caitlin Simmers (13,33 contre 12,84) pour un doublé portugais consécutif, et récupère au passage le maillot jaune de leader. Côté masculin, c’est toujours le Brésilien Yago Dora qui porte le maillot jaune, malgré sa demi-finale perdue face à Colapinto.

Un surfeur en lycra rouge de compétition s'envole au-dessus de la vague lors du Rip Curl Pro Portugal à Peniche, sur fond de ciel bleu
À Peniche, le postseason s’est joué entre tubes et aériens (photo d’archives, édition 2017). Photo : Luis Ascenso, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Les favoris de Cloud 9

Chez les hommes

Sur une droite qui tube et se termine en rampe, le profil idéal combine science du barrel et sens de l’aérien. Colapinto arrive avec l’élan d’un vainqueur et la réputation d’un surfeur qui gère les finales mieux que quiconque. Yago Dora, leader au classement, doit verrouiller sa place avant Hawaï. Et la tempête brésilienne est au grand complet : Medina, triple champion du monde, a montré au Portugal qu’il avait retrouvé l’appétit ; Italo Ferreira, Filipe Toledo et Miguel Pupo complètent un casting qui sent la samba et le tube.

Chez les femmes

Molly Picklum s’avance en patronne, avec un titre mondial à défendre et une confiance retrouvée. Caitlin Simmers, finaliste et surfeuse la plus imprévisible du circuit, aura sa revanche à prendre. Derrière, la Canadienne Erin Brooks, double vainqueure à Teahupo’o et Cloudbreak cet été, a prouvé qu’elle était chez elle dans les vagues de récif, tandis que Gabriela Bryan, Lakey Peterson et Carissa Moore restent des menaces permanentes dès que la houle se met à rouler.

Et les Français dans tout ça ?

Le Portugal a été cruel pour les tricolores, tous sortis avant les quarts. Kauli Vaast, champion olympique à Teahupo’o, avait pourtant passé le premier tour en éliminant Jake Marshall, avant de tomber au deuxième face à un Colapinto intouchable (17,17 contre 13,27). Le Tahitien a tout de même laissé une signature : un tube négocié en switch, le genre de geste qu’on regarde trois fois au ralenti. Il pointe provisoirement autour du top 10 mondial, et Cloud 9, droite de récif tubulaire, ressemble furieusement aux vagues sur lesquelles il a grandi. Si un Français doit faire parler la poudre aux Philippines, c’est lui.

Côté féminin, Vahine Fierro et Tya Zebrowski n’ont pas passé le cut de mi-saison : elles retrouveront la compétition à Pipeline, à la mi-décembre, quand l’ensemble du circuit se réunira pour la dernière étape.

Le récif corallien de Cloud 9 découvert à marée basse au coucher du soleil, avec la tour en bois à gauche et une vague qui déroule au large
À marée basse, le récif de Cloud 9 se dévoile : c’est sur cette dalle que casse la droite. Photo : Charles Putis, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Pipeline en ligne de mire

Car tout converge vers Hawaï. Le Lexus Pipe Masters, du 8 au 20 décembre, clôturera la saison avec un barème majoré (15 000 points pour le vainqueur, soit une fois et demie une étape classique), le retour de l’ensemble du plateau et l’attribution des titres mondiaux. Au classement final, seuls les neuf meilleurs résultats sur douze compteront. Autrement dit, Cloud 9 n’est pas une étape de transition : c’est la dernière occasion de se placer, de se rassurer, ou de se faire peur.

Les séries seront appelées au gré des meilleures fenêtres de houle et diffusées en direct sur le site, l’application et la chaîne YouTube de la WSL. Prévoyez du café : avec sept heures de décalage, Siargao surfe pendant que la France dort.

Un récif peu profond, une droite qui ne pardonne rien, des locaux qui la connaissent par cœur et quarante surfeurs qui jouent leur saison : pour une étape née d’un plan B, Cloud 9 a tout d’un plan A. Rendez-vous à l’aube, un œil sur la houle et l’autre sur le ponton.


Sources : Surfer, TNTV News, Icônes Surf, World Surf League, Carve, Daily Tribune.

Crédits photos : Image à la une : JupitReyes, « Cloud 9 Boardwalk, Siargao », CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Spraken eboy2887, « Siargao Cloud 9 », CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Luis Ascenso, Rip Curl Pro Portugal 2017, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons. Charles Putis, « Shallow tide », CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.