Lifestyle 23 novembre 2018

Phares de l’Atlantique, bien au-delà de leur simple beauté

[livres]

Deux éminents spécialistes des phares publient "Le monde perdu des phares". Un beau livre ultra documenté, fruit de 30 ans de travail

Deux grands spécialistes des phares commettent un ouvrage qui fera référence. « Le monde perdu des phares » est ce que l’on appelle un beau livre mais il n’est pas que beau. Il s’avère également ultra documenté.

Fruit d’un investissement de 30 ans

La photo du phare de la Jument qui déclencha l’engouement pour ces photographies / Photo Jean Guichard

Jean Guichard et Vincent Guigueno unissent leur regard pour déplacer celui du lecteur sur ces édifices de signalisation maritime. Jean Guichard, ancien photographe de Gamma, Sygma et Ouest-France, shoote les phares depuis une vingtaine d’années. Si possible en pleine tempête. Il est celui qui immortalisa le gardien du phare de la Jument sorti sur le pas de la porte au moment où une énorme vague se fracassait sur le phare.

« Cette photo a déclenché un engouement du public pour les photos de phares. »

Ami intime d’Eric Tabarly, sur qui il a publié un livre en avril, Jean Guichard s’est penché sur ces édifices de haute mer, à partir de 1988, poussé par le mythique marin. Au début, il les regardait comme un sujet d’information. « On a commencé à parler des phares au moment de l’automatisation et de la disparition du métier de gardien » explique le photographe.

Foin du journalisme, le regard de l’artiste

« Les terriens n’ont aucune idée de ce qui se passe dans un phare et les bateaux s’en éloignent. Donc il y avait une méconnaissance des terriens et des gens de mer. Au début, je voulais apporter de l’information. Depuis une dizaine d’années, j’ai fait évoluer mon axe de travail. Je préfère regarder les phares comme une pièce du tableau qui les entoure. »

Les images deviennent plus impressionnistes. Le ciel, surtout s’il se montre menaçant, et la mer, a fortiori si elle fait le gros dos, prennent autant d’importance que le phare en lui-même. Il suffit d’un rayon de soleil à l’horizon pour le photographe le capture dans la parfaite lignée de la lanterne du phare de Devon en Angleterre.

Dans l’hélicoptère, c’était Guichard

On se demande forcément combien de persévérance, d’acharnement et de connaissance de l’élément marin lui aura-t-il fallu pour parvenir à saisir la seconde de lumière ou de vague parfaite. On s’inquiète moins du courage. D’ailleurs, on n’y pense même pas en voyant ses photos. Et pourtant… Le photographe dans l’hélicoptère en pleine tempête, filmé pat l’émission Thalassa, c’était lui.

« C’est toujours comme ça »

« Je me souviens bien de ce tournage, raconte-t-il. Ce sont exactement les images de la manière dont je travaille avec les pilotes. C’est très impressionnant même pour moi qui le vis de l’intérieur. On ne s’est pas positionné à cet endroit pour la caméra! C’est toujours comme ça. On vole à 10 mètres de l’eau, il m’arrive de prendre des embruns sur les pieds. Les pilotes sont des as du pilotage et ont une compréhension de la photographie. »

Une précision d’orfèvre

Les textes, signés Vincent Guigueno, assouvissent la curiosité du lecteur piquée par les photos. Ingénieur et historien, il est l’un des meilleurs spécialistes des phares en France. Il apporte poésie et informations d’une précision scientifique. Occultation ou éclat, couleur mais aussi histoire, architecture, géographie et travail du photographe, rien n’est laissé ni hasard ni de côté.

« Ses photos ont certainement joué dans la prise en compte des phares, explique l’historien ayant un sens aigüe de la mise en scène. J’essaie de montrer que Jean est un artiste. Il a un regard de peintre. Il fait des photos non pas sur les phares mais avec les phares. Ce le livre est conçu comme une exposition qu’on ne lui propose pas. »

Les auteurs proposent en outre des zooms sur les portes, les escaliers, les lentilles, le graphisme des noms de phares, l’étoile Polaire présente dans la signalétique française… « Le monde perdu des phares » ne choisit pas entre le fond et la forme, entre le beau et l’intéressant. Il les cumule.

« Le Monde perdu des phares », 2018, Editions de La Martinière, 35 euros.
Gaëlle Richard