Environnement 21 novembre 2018

Yvan Bourgnon répond à Gérard d’Aboville au sujet du Manta

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Après que Gérard d'Aboville a jugé le projet Le Manta relevant de "l'escroquerie", Yvan Bourgnon répond

Selon Yvan Bourgnon, porteur du projet Le Manta, son projet est efficace. Il a déjà sensibilisé de nombreuses personnes sur le problème des plastiques dans l’océan. Etonnant et original, son bateau fait parler et incite à s’interroger sur la problématique de la pollution océanique.

« Je connais Gérard d’Aboville, c’est l’un des rares opposants et il a fait partie de Race for Water. Avec son équipe, il a mis au point un bateau collecteur de 6 mètres de long. On travaille donc sur la même problématique et sur certaines pistes techniques similaires. Nous avons un objectif commun: réduire les plastiques dans l’océan et sensibiliser les populations. »

« Nous ferions mieux de travailler ensemble sur les mêmes sujets. »

Cet été, lors d’une exposition au Pouliguen, un huissier a retiré la maquette du bateau au motif que le navigateur n’aurait pas réglé la facture à l’architecte. Yvan Bourgnon rétorque: « L’architecte du bateau a été condamné par le tribunal de Rennes , en août, à nous rendre la maquette qu’il avait prise abusivement et à nous régler la somme de 3.000 euros, qu’il n’a toujours pas payée. C’est lui qui a été condamné, pas nous. »

« Nous sommes une association, pas une entreprise.  Nous avons 8.000 donateurs et une trentaines de mécènes. Nous ne sommes pas pilotés par des grands industriels. »

« J’aimerais savoir quelles études scientifiques Gérard d’Aboville a faites pour affirmer tout ce qu’il dit. Nous avons fait l’étude de faisabilité il y a deux ans. Il peut nous la demander. »

« Ramasser les bouteilles »

« Bien entendu que l’on peut pas ramasser tous les flacons et toutes les bouteilles. Bien évidemment que l’on ne vas pas ratisser tout l’océan! »

« Je n’ai jamais critiqué les opérations de Race for Water même si je ne suis pas toujours d’accord avec eux. Ils ont recensé les micro-particules et c’est très bien, cela aide beaucoup à la connaissance.

Cela étant, j »ai traversé les océans, je sais bien qu’il n’y a pas uniquement des gros plastiques. En revanche, à la sortie des fleuves, quand je naviguais catamaran de sport, j’ai bien vu les plastiques. Et c’est là qu’il faut aller les récupérer. »

« Sur les fleuves et les estuaires »

« Les grands fleuves déversent ces plastiques. Nous allons donc positionner nos bateaux à la source du problème: à la sortie des grands fleuves, sur les estuaires. Cela a du sens. Evidemment qu’au bout d’un moment, ils coulent au fond de l’eau mais notre objectif est d’aller à sortie des fleuves, là où ils sont cumulés. Il faut se placer à la sortie du Mékong, au delta du Nigeria, en Amazonie. »

« Les études de faisabilité ont été réalisées avec 100 bateaux. On peut solutionner 10% de pollution mondiale. Le coût de collecte à la tonne s’élève à 300 euros. Aujourd’hui, une tonne traitée, enfouie sous terre ou incinérée coûte 450 euros. On a toujours dit que si le projet coûtait trop cher ou s’il n’est pas faisable, on laissera tomber. On a fait travailler sept bureaux d’études. »

« Autonomes en énergie »

« Le plus gros frein que nous avons levé est de rendre le bateau autonome en énergie. On s’est heurtés à des difficultés techniques pour cela. On cumule  quatre énergies. Notre acier est à 80% de l’acier recyclé. De plus, nous ferons de l’éducation dans les pays où nous irons: Asie du sud-est, Afrique et Amérique du Sud. »

« Les plastiques non recyclables seront consommés dans notre pyrolyse. Et si nous en avons trop à bord, on les ramène à terre puis on met les  à disposition des populations. Elles pourront elles-même réaliser la pyrolyse, si besoin, on va leur expliquer comment faire. Race for Water travaille aussi sur pyrolyse. »

Rémi Camus, qui vient d’effectuer le Tour de France à la nage pour dénoncer la pollution plastique, nous a contacté. Il souhaite apporter son point de vue: « Je viens tout juste de boucler un tour de France à la nage et je suis convaincu que la solution passe par l’éducation. Elle doit être faite en amont au bord des fleuves et des rivières avec les communautés ».

Gaëlle Richard