Jérôme Sahyoun et "sa" vague au Maroc / Photo Greg Rabejac

Glisse 27 décembre 2018

Greg Rabejac. Découvreur de vagues aux quatre coins du monde

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Belharra, Nazaré, le Maroc, l'Arctique... Greg Rabejac traque les vagues du globe. Sa quête: les déflorer. Son émotion: les rencontres de voyage

Le photographe Greg Rabejac sillonne les littoraux du monde entier pour traquer les vagues. Pas n’importe lesquelles, celles que personne n’a surfées. Sa quête: déflorer le rouleau parfait, la vague de studio. Son émotion: les belles rencontres que le voyage place sur son chemin. Sa crainte: que les plus beaux spots soient assaillis.

Que signifie « découvrir » une vague?

Il s’agit d’une quête personnelle de la part du photographe ou du surfeur. Notre intention n’est (surtout) pas de médiatiser. C’est un plaisir qui pourrait s’apparenter à celui des skieurs ou snowborders lorsqu’ils aiment être les premiers à laisser leurs traces sur un pan de montagne vierge. Cette quête m’amène à explorer des nouveaux territoires. Pour cela, il est important de s’entourer d’une bonne équipe. Durant des années, j’ai travaillé avec Asier Muniain, Basque Espagnol, et Jérôme Sahyoun, Marocain. Asier est un des pionniers des grosses vagues en Europe.

Comment avez-vous débuté?

Il y a plus d’une dizaine d’années, on a commencé à aller à Madère, aux Canaries, au Maroc. C’est en Irlande en 2004 que nous avons eu un déclic. Nous avions passé 45 jours dans la pays, en plein hiver. Nous avons diagnostiqué le potentiel de ce littoral mais il nous fallait du matériel plus adapté. Donc nous avons aménagé un poids-lourd de manière à être indépendants dans nos voyages. La partie vie était située à l’avant. Celle pour le matériel (jets, quad, planches, dortoir, cuisine) à l’arrière. Cela nous a permis de partir autonomes en exploration. A partir de là, on était foutus!

Comment fait-on pour découvrir des vagues?

Il faut connaître les spots déjà référencés. Ensuite, on essaie de comprendre la configuration de cet endroit. Pour cela, on planche sur les cartes marines, on étudie les profondeurs, les lignes de côtes et on va rencontrer les gens. Les surfeurs pas mal mais surtout les pêcheurs car ce sont eux qui connaissent les hauts-fonds pour installer leurs filets ou savent qu’il y a un danger pour la navigation.

« On a mis trois hivers avant de découvrir un haut-fond en Galice. »

Ces échanges sont aussi un moyen de découvrir des modes de vies et de surfer différents. Lors de nos recherches, nous avons passé beaucoup de temps dans les ports. En fait, on a rarement passé nos journées sur les plages.

Quelles sont les zones du globe à fort de potentiel de vague?

A mon avis, la Galice réserve de quoi surfer de grosses vagues. En effet, la côte y est découpée avec beaucoup de hauts fonds. Le monde du surf ne s’y était pas intéressé car les courants y sont très froids. On a mis trois hivers avant de découvrir un haut-fond, une des plus belles vagues d’Europe. Ensuite, nous avons vérifié qu’elle ne soit pas trop dangereuse. Pour cela, il nous a fallu la comprendre et en saisir ses caractéristiques. Au bout de deux hivers, on a fait venir d’autre surfeurs européens et ils étaient de notre avis: elle est une vague pour le surf de gros.

Parfois vous médiatisez certains spots, parfois vous les tenez secret. Pourquoi?

En Galice, on a laissé partir les images mais pas au Sahara parce que cette destination s’avère délicate pour plusieurs raisons. Il est vrai cependant que la ville de Dakhla est devenue un spot prisé. A Madère, les vagues sont si puissantes et dangereuses que les surfeurs moyens ne s’y aventurent pas. Cependant, on a médiatisé nos images pour espérer préserver l’environnement contre un projet de travaux.

Belharra, c’est LA vague?

Belharra… c’est un rêve personnel. Tous les enfants qui surfaient dans les années 90 en ont rêvé. Peïo Lizarazu, le premier. On partait  explorer la côte avec nos mobylettes et on se disait « Un jour, peut-être… »Ce jour est arrivé le 22 novembre 2002, quinze ans après le début du rêve. On est tiré par un jet ski qui vous amène dans la pente, le jet se retire au début de la pente et vous lâchez la corde. Il fallait du bon matériel spécifique au surf de tow-in. Avant, on n’en avait pas.

« Désormais, il n’y a plus de limite. »

Puis, des surfeurs européens ont ramené ce matériel d’Hawaï. Alors, on s’est tous organisés cameraman, photographes, surfeurs. Belharra a révolutionné le surf au Pays-Basque. Avant on pensait qu’on ne pouvait pas surfer des vagues de plus de 4 mètres. Aujourd’hui, on surfe 10/15 mètres. Ensuite, il y a eu Nazaré, au Portugal. Désormais, il n’y a plus de limite.

Où se cachent d’autres grosses vagues encore vierges de tout exploit?

D’autres vagues vont voir le jour en Bretagne, en Vendée, en Afrique et aux deux extrêmes de la planète: Norvège, Islande, Groenland, Russie, Antarctique (déjà surfé par Kepa Acero) et en Arctique. Lors de mon dernier voyage avec Ludovic Dulou et son surf à foil, nous nous sommes rendus sur la côte orientale de l’Inde. C’est un des rares pays chauds où il n’y a pas de tourisme de plage. Nous n’avons croisé qu’un seul surfeur sur 1.000 km de côte. Quand on s’arrête, les habitants nous regardent ébahis, quand on surfe, ils crient pour nous encourager. Les pêcheurs traditionnels n’en revenaient pas de ce mode de glisse. C’était fabuleux!

Gaëlle Richard

Sur la route en quête de la vague

Pour « découvrir » des vagues, il faut tracer la route. Ici, l’équipée fantastique traverse le désert à bord de la voiture de Jérôme Sahyoun / Photo Greg Rabejac

Le surf de grosses vagues commence bien avant le lever du jour. Les sportifs se préparent / Photo Greg Rabejac

Asier Muniain et l’une de ses vagues en Galice/ Photo Greg Rabejac

Le photographe n’hésite pas à tutoyer les pôles pour dégoter une eau cristalline. Ici dans les îles Lofoten, au-delà du cercle polaire / Photo Greg Rabejac

Partir à la recherche de nouveaux spots induit de vivre en nomade au plus près de la côte. Ici, Damien Castéra et Mathieu Crepel dans le Sud du Chili / Photo Greg Rabejac

Les astucieux nomades des littoraux du globe se sont tout de même offert le luxe d’un camion aménagé. Un ancien poids-lourd devenu dortoir-cuisine-garage ambulant! / Photo Greg Rabejac

Pour Greg Rabejac, « ce qui est beau, ce sont les rencontres. » Ici, Ludovic Dulou et Gabriel Despagne sont en train de préparer le surf d’un mascaret en Inde / Photo Greg Rabejac