La science s'inspire des propriétés régénératives de l'anémone de mer pour la lutte contre le cancer / Photo Claude Clin

Dossier 7 juin 2018

Comment le biomimétisme marin génère de l’économie

Le bureau d'études spécialisé dans les projets marins, VertigoLab, publie un rapport sur le potentiel économique du biomimétisme marin

Et si les entreprises s’inspiraient du vivant marin, que pourraient-elles créer? Pourraient-elles le commercialiser? Combien d’emplois seraient créés? Le bureau d’étude spécialisé dans les projets marins dans le monde, Vertigo Lab, publie un rapport sur l’estimation du potentiel économique du biomimétisme marin. Le but: estimer comment la biomimétique, à travers le processus d’innovation qu’elle facilite, constitue un levier de développement économique intéressant. Vertigo Lab s’est penché sur le potientiel biomiétique de la croissance bleue de la région Aquitaine.

Qu’est-ce que le biomimétisme?

Théorisé en 2014, par Janine Benyus, le biomimétisme consiste à s’inspirer du vivant pour inventer des nouvelles technologies, organisations, matières, formes… L’exemple le plus connu est celui du TGV japonais, le Shinkansen, dont le « nez » de la locomotive est inspiré du bec du martin-pêcheur afin de réduire l’onde de pression générée lors du passage dans les tunnels. Grâce à cette forme biomimétique, le train a gagné 10% de vitesse et réduit de 15% sa consommation électrique.

Exemples d’applications des propriétés du vivant

Plusieurs entreprises sont déjà engagées dans la recherche et développement inspirés du vivant marin. Par exemple, s’inspirant de l’ondulation du poisson, Eel Energy a mis au point une membrane ondulante qui convertit l’énergie des courants en électricité. Aquaporin mime la filtration de l’eau à travers des cellules et le procédé est utilisé dans des crèmes hydratantes de grandes marques de cosmétiques.
L’ Institut de Recherche sur  le Cancer et l’Age (IRCAN) travaille sur les propriétés régénératives de l’anémone de mer pour la lutte contre le cancer. Le navigateur Yves Parlier, avec Beyond the sea, projette d’équiper les cargos d’ailes afin de réduire de 30% leur consommation de prétrole. La start-up basque S-wings qui propose des dérives de planches de surf flexibles inspirées du déplacement des poissons qui améliorent et facilitent la pratique pour les surfeurs de tous niveaux, ou aux combinaisons développée par le MIT dans un matériau inspiré de la fourrure du castor et de la loutre de mer, plus isolant et durable que le néoprène (MIT News 2016).

Concilier enjeux économique et environnemental

Les spécialistes de Vertigo Lab précisent que la région à l’étude « cherche à fédérer des acteurs très divers autour des ressources maritimes au sens large, et à valoriser le potentiel de développement économique de sa façade maritime, tout en respectant les grands enjeux environnementaux ». Ils concluent que le biomimétisme appliqué à l’économie bleue engendrerait surtout des économies de déchets et d’énergie voire de matière mais peu de temps.

Le gain du biomimétisme en Nouvelle-Aquitaine

Vertigo Lab conclue: « Le gain maximum de PIB pouvant être attendu du développement de la biomimétique dans le secteur de l’océan (dans le cas d’un taux de pénétration maximum de 100 %) est pratiquement de 130 M€ pour l’économie néo-aquitaine (tous secteurs confondus). » Prévoyant que les entreprises néo-aquitaines ne se lanceraient pas toutes immédiatement dans le biomimétisme, le bureau d’étude a réalisé plusieurs scenarii selon le taux de pénétration du biomimétisme. « Pour un taux de pénétration de la biomimétique de 25 % dans le secteur de l’océan en Nouvelle-Aquitaine, les gains attendus sur le PIB sont de l’ordre de 32 M€ avec une création de 379 emplois salariés pour l’ensemble des secteurs de l’économie néo-aquitaine. »

 

Les barrières économiques: exemple dans le surf

Le rapport de Vertigo Lab cite Christophe Seillerdirecteur du cluster Européen EuroSIMA, basé dans les Landes à Hossegor.

Le surf est une économie stratégique pour la région Nouvelle-Aquitaine / Photo Pierre Lannes via Flickr

« Dans l’industrie de la glisse des solutions bio-inspirées émergent et font leurs preuves mais sont pour l’instant bien trop coûteuses et risquées pour les entreprises, explique-t-il dans le rapport. Notre filière a effectué de nombreux essais de développement de produits bio-inspirés, mais avant d’aller plus loin et d’investir des sommes plus conséquentes dans ces recherches, il s’agira d’abord de généraliser le recours à l’écoconception et à la prise en compte du développement durable au sein de nos gammes de produits. Les projets basés sur le biomimétisme suivront l’acceptation généralisée de la prise en compte du développement des produits de façon durable et responsable. »