Un phénomène impressionnant, mais peut-être pas unique.

Découverte & Recherche 9 octobre 2020

Tsunami sur le Lac Leman en 563

La Suisse doit-elle craindre un nouveau tsunami ?

Une vague monstrueuse a frappé Lausanne et Genève en l’an 653. Quelle est la raison d’une telle catastrophe ? Est-elle susceptible de se reproduire ?

Comment a-t-on prouvé son existence ?

Par le plus grand des hasards, les géologues de l’université de Genève Stéphanie Girardclos et Katrina Kremer découvrent sur le lac Léman d’énormes masses de sédiment sur une surface de plusieurs kilomètres carrés en 2010. C’est la preuve d’un glissement de terrain sous-lacustre qui a provoqué un raz-de-marée colossal sur le Léman. Les recherches qu’elles mènent les ramènent en 563 de notre ère.

La thèse d’un gigantesque tsunami a été étayée par deux récits de contemporains : la chronique de l’évêque Grégoire de Tours (539-594) et le récit de l’évêque Marius d’Avenches (530-601).
Plus récemment, le raz-de-marée a été documenté par l’université de Genève de manière géologique.

Quelle est la raison de ce tsunami ?

Les récits des deux ecclésiastiques à l’époque décrivent une catastrophe qui s’est déroulée en trois étapes. Des études sur les alluvions du lac montrent que l’effondrement d’un gigantesque pan de la montagne Tauredunum (aujourd’hui la Suche) sur le delta du Rhône a expulsé vers le lac d’énormes quantités de matière et déstabilisé 250 millions de m3 de sédiments.

En se déplaçant, les sédiments ont provoqué le déplacement d’un énorme volume d’eau. Ce volume d’eau a provoqué la vague légendaire de 13 mètres, qui n’a mis que 15 minutes pour atteindre Lausanne et de 8 mètres, qui a touché Genève 55 minutes plus tard.

Un tel événement pourrait-il se produire de nouveau ?

L’image d’un lac paisible a soudain été ébranlée. Tous les spécialistes s’accordent à dire qu’un jour ou l’autre, il y aura un nouveau tsunami. Ceci en raison des grandes masses de sédiments accumulées sur les pentes du lac et de l’énorme fracture de la Suche. Mais personne ne sait si ce sera demain, dans un an ou dans un millénaire.

Comment prévenir d’un potentiel risque de tsunami ?

Denis Froidevaux, chef de l’État-major cantonal de conduite de Vaud, confie qu’ils n’ont pas retenu le tsunami dans leur liste officielle de danger. Cette décision a été prise afin de considérer ce risque, mais sans prendre de mesures particulières, à part les procédures d’évacuation. Même résolution pour Genève.


Le moyen adopté est la surveillance des massifs susceptibles de perdre de grosses quantités de roches. Le cas échéant, il faudra déclencher artificiellement de petits éboulis pour éviter le déclenchement naturel d’un grand éboulement. Daniel Froidevaux ajoute avec philosophie que « l’Homme peut prévoir et contrôler beaucoup de choses, mais pas tout ».

Ed.W