Tamata, un Arpège, engagé pour l'autonomie en mer, par son skipper Romain Tourte / Photo Simon Delvoye - Tamata Océan

Insolite 28 septembre 2018

Tamata: le Golfe de Gascogne sans GPS, zéro déchet

L'ingénieur Romain Tourte a traversé le Golfe de Gascogne pour tester des solutions d'autonomie en mer

A bord de Oanig, un Arpège, Romain Tourte, jeune ingénieur, vient de traverser le Golfe de Gascogne sans GPS. Objectif: zéro déchet et un maximum de collecte de données. Son initiative, Tamata Océan, tend à développer des solutions pour répondre aux besoins d’autonomie en mer. « Parce qu’une solution qui fonctionne à bord d’un bateau fonctionnera partout. »

D’où provient l’idée d’un tel projet?

Romain Tourte: Lors d’un voyage en Australie et Nouvelle-Zélande, j’ai découvert de nouveaux modes de consommation.

Je me suis lancé dans cette aventure à un tournant de ma vie: une rupture, l’arrivée d’un petit Eole dont je suis devenu le parrain et la découverte d’une annonce d’un bateau « à donner avant destruction».

Quel rôle donnez-vous à ce bateau dans le projet Tamata Océan?

Je cherchais un terrain où reproduire des solutions d’autonomie. Je suis tombé sur ce voilier dessiné par les chantiers Dufour dans les années 1970.

L’initiative Tamata Ocean, en référence à Bernard Moitessier, vise à tester des concepts reproductibles par tout un chacun pour répondre aux besoins d’autonomie.

Quelle expérience tirez-vous de la traversée du Golfe de Gascogne?

L’idée était d’expérimenter des principes d’autonomie et ce de manière éco responsable. Nous avons donc testé une vieille méthode qui consiste à se repérer grâce aux astres et à l’aide d’un sextant afin de nous passer de GPS. En parallèle, le bateau était équipé pour ne pas produire de déchets.

Le point et le calcul du cap se font grâce aux calculs, au compas et à la carte / Photo Tamata Océan

Certes, les vieux loups de mer rétorquent que cela n’a rien de nouveau.Cependant, depuis vingt ans, tous ceux qui apprennent la voile naviguent exclusivement à l’aide du GPS délaissant cette méthode qui ne tombe pas en panne.  J’ai donc pris des cours au sein de l’association Les Amis du Musée maritime de La Rochelle pour apprendre cette méthode. L’aller n’a pas été simple, les conditions météo nous en ont fait bavé. Il nous a fallu 80heures pour rallier Gijon sur la côte espagnole. Le retour, par  temps très nuageux ne nous a pas permis de nous servir du sextant. Alors on a fait sans, et grâce à l’estime nous avons réussi à atteindre l’île d’Oléron après 48h de navigation.

Quels enseignements avez-vous retirés de cette traversée?

J’ai repoussé les limites du doute. De nos jours, on vit très peu avec.  J’ai donc appris que l’on peut arriver à destination même si on y va en zig-zag. Et même si c’est douloureux. Car notre esprit veut absolument savoir, être rassuré.

« J’ai dû résister à l’envie d’allumer le GPS (de secours pour des situations de danger). »

Cela a été une grande leçon. Nous avons réussi à naviguer « zéro déchet ». Pour cela, nous avions emporté des bocaux de nourriture en suffisance pour l’équipage et le temps de trajet. Nous étions bien avitaillés en légumes frais. Les épluchures ont fini dans le lombricomposteur, lequel fournit l’engrais pour le potager du bord.

Romain Tourte aux fourneaux à bord de Tamata à bord de Tamata / Photo Tamata Océan

Et maintenant? Quels sont vos projets?

Relever le défi que je m’étais lancé il y a 4 ans : rallier l’Australie sans avion. La première fois Je n’ai pas réussi parce que je n’ai pas trouvé de bateau. Aujourd’hui je dispose d’un voilier qui peut m’y emmener. Mais avant de me lancer pour ce long trajet, je compte traverser l’Atlantique. L’expérience se gagne petit à petit. En parallèle, mes compétences en informatique m’ont permis de développer des solutions open source pour capter des données environnementales et ce dans le but de les mettre à disposition à la communauté scientifique.

« Je voudrais travailler avec l’Ifremer, des chercheurs et des institutions et faire des plaisanciers une communauté de moissonneurs de données. »

Pour réaliser ce voyage, nous avons besoin de moyens. Nous recherchons des financeurs pour équiper le bateau pour ce prochain voyage. Par ailleurs, il faut considérer ce voilier comme une plateforme permettant de tester et valider des solutions. Nous aimerions engager des acteurs techniques qui souhaiteraient utiliser Oanig comme porte-étendard de leurs solutions. Dans un premier temps, j’aimerai pouvoir compter sur le savoir faire de mécaniciens « à l’ancienne » pour nous aider à réparer le moteur qui date de 1972 au lieu de le remplacer par un neuf… un joli défi zéro déchet.

La revue FarOuest narrera son récit en images lors de l’un de ses feuilletons.
Gaëlle Richard