Bernard Moitessier entre dans la légende en décidant de quitter la course pour poursuivre son tour du monde et demi / Photo DR

Dossier 30 avril 2018

« Tout ce que les hommes ont fait de beau et de bien, ils l’ont construit avec leur rêve… »

[LA PHRASE]

Bernard Moitessier, navigateur mythique, auteur de "La Longue route" en 1968 a inspiré des générations de marins

2018 marque les 50 ans de la « révolution philosophique » initiée par le tour du monde et demi de Bernard Moitessier en 1968. La Gloden Globe Race rend hommage à ces premiers marins en course autour du monde. Bernard Moitessier en est la figure la plus légendaire.

Il grandit dans les années 1930 à Saïgon, passe ses vacances scolaires dans un village de pêcheurs indochinois. Son père exploite une entreprise d’import-export. Lorsque le Japon envahit l’Indochine en 1940, les Moitessier sont traités comme les colons mais Bernard supporte mal cette guerre fratricide. Après quelques mois à travailler dans l’entreprise paternelle, il largue les amarres à 26 ans. Il met le cap sur l’Indonésie avec le « Snark » utilisant comme seul instrument de navigation un sextant. Il navigue ensuite à bord de « Marie-Thérèse », du nom de son amour d’adolescence, jusqu’à l’île Maurice où il s’échoue. Il est recueilli par une famille qui vit au bord du lagon, devient pêcheur au harpon puis employé au consulat de France après une morsure de requin au pied. Il construit « Marie-Thérèse II » à bord duquel il part, à 30 ans, pour l’Afrique du Sud où il travaille comme charpentier de marine puis remet le cap vers les Antilles.

« Vagabond des mers du sud »

Revenu à Paris, en 1958, à bord d’un pétrolier, il écrit « Vagabond des mers du sud » qui paraîtra en 1960. Il fait alors construire le mythique « Joshua » et le nomme ainsi en l’honneur de Joshua Slocum, premier marin à avoir bouclé un tour du monde en solitaire. Le ketch rouge en acier construit par un fabricant de pelles mécaniques qui créera le chantier Meta est classé au titre des monuments historiques depuis 1993.  Il est aujourd’hui géré par le Musée maritime de La Rochelle. Avec ses deux poteaux télégraphiques en guise de mâts et des câbles électriques en gréement dormant, « Joshua » part pour la Polynésie puis le Cap Horn et retour en Espagne. En 1967, Bernard Moitessier publie « Cap Horn à la voile ».

« Pour sauver mon âme »

Quand il apprend que le journal anglais Sunday Times organise une course autour du monde sans escale et en solitaire, il s’engage.  Il part le 22 août 1968 mais très vite le face à face avec l’océan lé détourne de l’esprit de course. Ce qu’il aime c’est être en mer, se confronter aux éléments, ne pas tricher. Alors, après avoir doublé les trois caps et passé le Horn, il décide de ne pas rentrer en Europe. C’est là qu’il entre dans la légende. Il poursuit vers Tahiti où la vie lui paraît simple. Alors que les organisateurs l’attendent en vainqueur ayant doublé les autres concurrents, il envoie, à l’aide d’une catapulte (puisque sans radio pour communiquer) un mot sur le pont d’un cargo croisé sur sa route:

« Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme. »

Après 300 jours de mer, le périple est fini. Il pulvérise le record de la plus longue traversée en solitaire sans escale, avec quelque 37 455 milles parcourus, soit 69 367 kilomètres, un tour du monde et demi.  Il narrera son « fabuleux sillage » dans le livre qui fait référence dans le monde maritime, « La Longue Route ». Il vit avec sa nouvelle compagne, Iléana, et leur fils Stephan, en Polynésie puis en Californie.

« Joshua » est drossé à la côte par un cyclone. Bernard Moitessier le donne à des étudiants qui l’ont aidé à le remettre en état mais beaucoup trop d’investissements restent encore nécessaires. En France, un élan de générosité se met en place. Bernard Moitessier parvient à faire construire un nouveau bateau. Il l’appelera « Tamata », son surnom tahitien qui signifie « essayer », toujours tout tenter. Depuis l’appartement de sa nouvelle compagne en banlieue parisienne, il écrit son dernier ouvrage, plein de philosophie, « Tamata et l’Alliance ».

Décédé le 16 juin 1994, il est enterré au Bono (Bretagne). Sa tombe est toujours fleurie par des « amis ».

Gaëlle Richard