Le bras de la caméra plonge dans l'eau

Découverte & Recherche 17 janvier 2018

Bordeaux. Film en eaux troubles

Reportage

A Bordeaux, la caméra 3D de Cesim, spécialiste de l’expertise subaquatique, vérifie le renforcement de la digue anti-crue

A Bordeaux, tous les projets immobiliers et urbains de la plaine rive droite sont suspendus à la réussite des travaux de la digue. Des centaines de millions d’euros en jeu et 40.000 personnes à protéger des inondations. Les caméras de Cesim plongent dans les eaux turbides de la Garonne pour jouer les contrôleurs des travaux finis.

Après avoir implanté un rideau de palplanches métalliques dans le fleuve (installé par NGE, Leduc et ETPO), il a fallu s’assurer qu’il n’ait pas bougé. « En deux heures, avec la caméra, nous avons réalisé ce que quatre plongeurs auraient fait en un mois, résume Patrick Vurpillot, fondateur de Cesim. Ils auraient travaillé à tâtons pour pour toucher les planches métallique dans une eau turbide et opaque. Avec les forts coefficients de marées et donc les courants, ils n’auraient pu plonger que deux fois 20 minutes par jour. » Il s’agit donc d’une véritable révolution. Cet ancien plongeur offshore, également expert près la Cour d’appel de Bordeaux et pour la Marine Nationale, a créé son entreprise d’expertise en milieu sous marin.

3km de talus immergé en rive droite

La caméra 3D de Cesim a scruté les travaux sous-marins de rénovation le long de 2,8km. Le spécialiste de l’expertise subaquatique, basé à Izon en Gironde, a filmé presque 3 kilomètres de palplanches plantées dans la partie immergée du talus à 15 mètres du bord.

La caméra filme le rideau de palplanches à 15m de la rive droite Photo G.R.

Début novembre, son équipe a plongé le scanner 3D de très haute précision dans les eaux boueuses de la Garonne. La barge de Cesim est équipée d’un bras articulé au bout duquel se trouve un caisson abritant le fameux scanner. A petite allure, le bateau longe la rive à une quinzaine de mètres du bord. Tandis que la caméra filme le fond en suivant la ligne de palplanches, les images sont retransmises en temps réel sur l’écran d’ordinateur placé dans la cabine. Là, un ingénieur de la société écossaise, Octopus Coda, qui développe ce logiciel détaille chaque image. « Ce matériel est neuf et requiert du savoir-faire pour l’utiliser, explique Patrick Vurpillot. Les gens de Coda sont là pour nous aider à le mettre en place. » Le scanner de la caméra fonctionne couplé avec deux GPS extrêmement précis et un modérateur de mouvements du bateau afin que les images ne soient pas impactées par la houle. Sur l’écran, on voit très nettement défiler le fil ondulé du rideau de palplanches vu de dessus.

Les ingénieurs reçoivent les images en temps direct Photos G. R.

Les images sont référencées dans les données GPS. Elles sont d’une précision de 1cm à 5cm, « alors qu’en plongée, dans une eau telle que celle de la Garonne, on ne voit même pas sa main » témoigne Patrick Vurpillot. En ces premiers jours de novembre, la pluie est l’alliée des ingénieurs. « Comme les précipitations ont été importantes ces derniers jours, explique le chef d’entreprise girondin, l’eau est moins opaque que ce que je craignais. Nous allons donc pouvoir utiliser la plus haute fréquence des trois que propose l’outil pour des images de meilleures qualité. Habituellement, la Garonne présente des conditions extrêmes pour ce genre de travail : elle charrie des troncs d’arbres, le courant y est fort et la turbidité pénalisante. »

Les images ont ensuite été décortiquées et analysées. Si quelques planches se sont un peu enfoncées dans la vase, le rideau s’est avéré consolidé. Le film de Cesim servira donc à l’élaboration du Plan de prévention des risques inondations (PPRI) de Bordeaux Métropole.

Gaëlle Richard
Les ingénieurs vérifient que la caméra immergée retransmets bien les images
La caméra de Cesim filme au pied du talus immergé
Réunion de chantier entre Patrick Vurpillot (à gauche) et les ingénieurs / Photos G.R.