Découverte & Recherche 7 août 2019

« PLANÈTE MÉDITERRANÉE » Une prouesse scientifique dans l’exploration des fonds marins

Retour à la surface après 28 jours à 120m sous la mer

« Le projet est extraordinaire, au sens strict du terme, c’est-à-dire qu’il n’est pas ordinaire, et que jamais auparavant ces écosystèmes à la fois lointains car inaccessibles et tout proches n’ont pu être étudiés et illustrés de la sorte. Les résultats scientifiques seront forcément pertinents et les images d’un exotisme rare. »

Laurent Ballesta


Un projet ambitieux

Les expéditions Gombessa tiennent leur nom du coelacanthe, un poisson que l’on pensait disparu depuis 100 millions d’années.

Été 2019, après 2 années de préparation, Laurent Ballesta, photographe naturaliste, a dirigé sa 5ème expédition Gombessa. L’équipe a passé 28 jours, du 1er au 28 juillet, à 120 mètres de profondeur. Ils ont dû surmonter le challenge d’une vie commune dans un caisson pressurisé de 5m², sacrifice nécessaire pour analyser et cartographier les fonds marins luxuriants et méconnus de la Méditerranée. Une prouesse rendue possible grâce à la station bathyale (référence à la zone bathyale en océanologie, qui désigne les grandes profondeurs, supérieures à 200m, juste avant la zone abyssale), permettant l’exploration illimitée de la zone.

« Si plonger à de telles profondeurs est toujours un challenge, y séjourner est un fantasme, une utopie qui devient réalité. »

Laurent Ballesta (en bas) et ses trois compagnons, Antonin Guilbert, Thibault Rauby, Yannick Gentil à bord de leur caisson de plongée. © BORIS HORVAT / AFP

Un enjeu écologique

Cette expédition scientifique inédite avait pour objectif d’étudier une source de richesses infinie. Les récifs coralligènes, très peu connus de l’homme, se trouvent entre 60m et 120m de profondeur, zone où la luminosité est réduite à 1 %.

Le changement climatique menace ces récifs. Les plongeurs ont donc passé de longues heures à étudier l’ADN des nombreuses espèces locales. Cette démarche a entraîné des découvertes sur leur génome et l’impact des rejets humains sur ces refuges de biodiversité. Ils ont également pu analyser l’épave du Natal, située au large de Marseille. Ce paquebot de 130 mètres de long comptant une centaine de passagers, entré en collision avec un cargo en 1917, est aujourd’hui un récif riche en poissons. 


Les obstacles : le froid, la pression et le confinement

« Cette expérience n’a jamais été étudiée dans des situations réelles et opérationnelles. »

Dans un milieu où la pression est 13 fois supérieure à celle de la surface de la terre, l’Homme n’a pas sa place. Et pourtant, les membres de l’équipe ont su fournir un effort incroyable, en restant jusqu’à 6 heures consécutives à 120 mètres de profondeur. Dans la zone crépusculaire, synonyme d’une luminosité quasi inexistante, la température de l’eau est à 13 degrés, mais ressentie à un niveau bien inférieur.

« C’était plus dur que l’eau à 2 degrés sous la banquise de l’Antarctique ».

Station bathyale / © Laurent Ballesta, Andromède Océanologie, GOMBESSA 5

Cette expérience ambitieuse, menée entre Marseille et Monaco, fera, comme toutes les expéditions Gombessa, l’objet d’un documentaire long-format d’ici 2020. Ce projet innovant a apporté une note d’espoir à la recherche concernant les fonds marins de la grande bleue, source de mythes et questionnements. 

 Aurore Mailhes