L'industrie navale est à un tournant car elle doit, pour être en règle, adopter de nouvelles technologies / Photo Pixabay CC0

Environnement 2 octobre 2018

L’industrie navale s’engage dans un plan rigoureux de dépollution

Le Groupement français des industries navales s'adapte aux nouvelles lois de diminution de la pollution maritime

Les entreprises de l‘industrie navale doivent s’adapter à la nouvelle réglementation rigoureuse pour diminuer la pollution des navires. Le Groupement des Industries de Construction et Activités Navales (Gican) ne veut pas se voiler la face sur les chiffres. Au contraire, ceux-ci, dont découlent les nouvelles lois, permettent aux industriels de justifier innovations et nouveaux produits.

 

Le constat

La pollution de la flotte mondiale

Selon le Gican, la sommes des navires de la flotte mondiale émet environ 800 millions de tonnes de CO2 par an, soit environ 2,5% des émissions mondiales des gaz à effet de serre. La navigation internationale représente environ les émissions d’un pays comme l’Allemagne, sixième émetteur mondial.

En outre, l’oxyde de soufre, l’oxyde d’azote et les particules fines sont présents dans les fumées des navires (le Gican n’avance, là, pas de chiffre). Il précise cependant:  » 70% du trafic maritime et donc des émissions ont lieu à moins de 400 km des côtes. » Car, selon les industriels, « , environ 80% du tonnage mondial, et la quasitotalité des grands navires fonctionne avec du fuel lourd (HFO), résidu des
raffineries qui préparent des carburants légers: diesel, kérosène, essence…Ce fuel lourd n’est en général pas traité, et donc pas désulfuré. La combustion en elle-même n’est pas complète et libère différents composés, dont les polluants principaux sont les oxydes de soufre (SOx), les oxydes d’azote (Nox) et les particules. »

Renforcement de la réglementation internationale

L’Organisation Maritime Internationale (OMI) a accéléré le rythme de ses mesures réglementaires. Les plus récentes datent d’avril 2018. L’OMI fixe deux objectifs:

  • une baisse moyenne des émissions CO2 de 40% en 2030 par rapport à 2008 avec un objectif de 70% en 2050
  • le début de cette baisse aussitôt que possible pour être sûr d’être au-dessus d’un plancher de réduction de 50% en 2050.

 

Les solutions

Réduire la consommation de carburant

Les concepteurs de navires, comme Naval Group, Hydrocean ou Bureau Mauric, améliorent les carènes, bulbes, hélices ou propulseurs. La propulsion éolienne est une technologie pas encore suffisamment mature. Mais « ce n’est pas du folklore, insiste François Lambert,  délégué général du Gican, c’est une réalité car nous avons besoin de diminuer la consommation de carburant. » L’objectif reste de diminuer la consommation de carburant et par conséquent réduit les émissions de gaz à effet de serre.

Les bulbes d’étrave des navires vont être améliorés pour gagner en performance / Photo Pixabay CC0

 

Les nouveaux carburants

Le GNL « représente une perspective intéressante pour des navires neufs océaniques » indique le Gican. Car non seulement il est « 30% moins cher que le gasoil en Europe » mais il permet aussi de  » régler la problématique du dioxyde de soufre, dioxyde d’azote et de particules. Les navires au GNL pourront donc évoluer dans les zones SECA/NECA [les plus strictes en matière de réglementation, NDLR], sans besoin de dispositif de traitement des fumées ». Il faudra donc que les ports s’adaptent pour fournir ce carburant.

Le traitement des fumées

Le traitement des fumées est une solution largement adoptée puisqu’elle permet d’utiliser les combustibles actuels et qu’elle est « d’un coût plus accessible ». Elle peut en outre être adaptée sur les navires déjà existants. Plusieurs solutions existent, notamment les « scrubber ». Cette technologie élimine les oxydes de soufre par un lavage des fumées. L’eau obtenue peut être traitée.

Les paquebots sont souvent montrés du doigts pour les fumées qu’ils dégagent à l’arrêt / Photo Pixabay CC0

 

Optimiser l’énergie

Pour les industriels du secteur, « L’électricité est la seule énergie dont la gestion peut être faite de multiples manières et qui offre donc une grande flexibilité. Grâce aux progrès des convertisseurs, des onduleurs, des redresseurs, l’électricité de puissance a largement progressé ces dernières années. Elle se prête, de fait, particulièrement bien aux recherches d’amélioration de puissance. »

Il faudra, là aussi, que les ports s’adaptent pour fournir de l’électricité à quai. Ainsi, les navires n’auront plus besoin de fonctionner sur leur groupes.

 

L’oeil des industriels

François Lambert,  délégué général du Gican: « Une prise de conscience existe car  lesindustriels et armateurs doivent diminuer les émissions polluantes et traite les fumées. Dans le secteur naval, il n’existe pas encore de vision commune et harmonisée.  A la différence de l’aviation, l’administration de la mer est éclatée. Pour y remédier: nous proposons une gouvernance pour fédérer les innombrables guichets (50 aux niveaux  régional, national et européen) et les porteurs de projets. Le CORIMER (Conseil d’orientation pour la recherche, l’innovation et pour la mer), encore en formation, servira de lien. »

Jean-Charles Nahon, Président du Comité Technique du Gican et auteur du rapport « Évolution des émissions atmosphériques des navires « : « Les substances toxiques devront être réduites. Les armateurs vont devoir s’y plier car l’OMI le leur impose. Ils vont se mettre au scrubber, au carburant déssoufré (comme carburant à la pompe contrairement au fioul lourd), etc. Il y a déjà une forte demande sur ces solutions. Certes, il y aura des conséquences financières, il ne faut pas se leurrer. Ces nouvelles technologies sont plus chères que les anciennes. »

Gaëlle Richard