fbpx
L'Hermione à Bordeaux, image via Pxhere

Patrimoine 25 octobre 2019

Le port de Bordeaux : entre histoire et modernité

La nomination de Jean-Frédéric Laurent en mars 2019 à la tête du Grand port maritime de Bordeaux est symptomatique des difficultés de développement qu’a connu dans ces récentes années l’économie portuaire locale. En effet, l’abandon d’un projet de terminal méthanier et la décision de la deuxième compagnie de fret maritime mondial MSC de ne plus escaler à Bordeaux ont été des coups rudes pour le port. Cependant, l’histoire nous apprend que le port a connu des périodes alternées de faste et de déboires, ce qui pousse à l’optimisme quant à sa capacité à rebondir.

Une histoire très ancienne

C’est dès le troisième siècle avant notre ère que l’emplacement de Bordeaux est choisi par des peuples celtes, les Bituriges Vivisques, pour peupler la région. Sous l’empire romain, le port devient un carrefour commercial maritime qui structure la région d’Aquitaine. Y transitent vins, cuivre, poterie, métaux et pierres précieuses.

De l’Angleterre aux colonies

Du fait des invasions barbares puis de la chute de l’Empire romain, le port de Bordeaux rentre dans une période moribonde pendant plusieurs siècles. Il faut attendre 1152 et l’alliance entre Aliénor d’Aquitaine et Henri Plantagenêt pour que Bordeaux retrouve une place importante, puisque l’Aquitaine devient territoire anglais : le port exporte du vin et importe draps et blé.
Si les échanges franco-britanniques marquent un cran d’arrêt avec l’annexion de Bordeaux à la France au XVe siècle, le port bordelais connaît un renouveau de son développement au XVIIe siècle, en profitant du sombre commerce triangulaire d’esclaves noirs à destination des colonies. Il devient le 2e port mondial, derrière Londres et le 1er port français grâce aux échanges de produits coloniaux : café, sucre, cacao ou indigo gagnent les marchés continentaux depuis l’Aquitaine.

Sur le pont des Chartrons, Pierre Lacourt

Le blocus continental imposé par Napoléon en 1806 va entraîner pour le port des années moins fastes, surtout que la construction du pont Saint-Pierre en 1823 interdit le franchissement du fleuve et fait relocaliser en aval de nombreux chantiers navals. Cependant, le choix opéré par Napoléon III en 1860 du libre-échange avec l’Angleterre va contribuer à l’essor du port girondin, malgré la crise économique profonde qui suit 1873.

Bordeaux port de la Lune, image via Wikipedia

La modernisation du port

Le XXe siècle voit d’importants travaux de modernisation du port bordelais, à travers l’édification de quais verticaux, l’aménagement du chenal, ou la construction d’un avant-port. Le Premier conflit mondial pousse à l’utilisation des infrastructures maritimes en tant que bases militaires, ce qu’accélère la guerre de 1939-45 avec la création d’une base pour sous-marins par les Italiens à partir de 1941.
On doit sa survie au jeune soldat allemand Henri Salmide qui refuse de faire exploser les infrastructures en 1944.

HEINZ STAHLSCHMIDT – PHOTO D.R ( SERVICE GENERAL )

Au sortir de la guerre, le port est étendu vers l’aval, et débute sa spécialisation en 1976 avec un terminal conteneur sur le site de Verdon, suivi par six autres terminaux spécialisés. Ce sont actuellement près de 9 millions de tonnes de marchandises qui y transitent chaque année.

Un héritage aujourd’hui mis en valeur

Cette richesse historique qui a fait Bordeaux, son prestige, son faste et ses grandes familles a été mis en valeur par le Musée de l’Histoire maritime de Bordeaux, porté par le Collectif Marinopole Bordeaux. Le port de la Lune a été inscrit en 2007 au patrimoine mondial de l’UNESCO, tandis qu’en 2017 le musée a ouvert ses portes pour inscrire la ville dans son histoire portuaire.

© France 3 Nouvelle-Aquitaine

Une riche histoire qui mérite d’être transmise.

Ed. W.