A bord de Matmut, Jean-Luc Van den Heede est en tête de la GGR, frôlant les 40e Rugissants / Photo Christophe Favreau - Matmut

Nautisme

Golden globe Race. A la rentrée, l’ancien prof de maths est premier de la classe

[GGR 2018]

Dans le tour du monde en solitaire sans escale à l'ancienne, le français Jean-Luc Van Den Heede est en tête. Déjà cinq abandons au tableau

Sur les 17 concurrents du Golden Globe Race, 12 restent en course. Sur les quatre Français, deux sont encore en course dont le leader. Le doyen de la flotte, le Vendéen Jean-Luc Van Den Heede a passé le cap de Bon Espérance, en Afrique du Sud, il y a dix jours. Il marche à 5 noeuds loin devant les autres concurrents.

L’autre Français, Loïc Lepage, se dirige vers Cape Town, le port de la pointe sud du continent africain. Il se retrouve à court d’eau douce à cause de précipitations particulièrement faibles dans la zone du Pot au Noir. Il va faire le plein d’eau douce et repartir à bord de son Nicholson 32 Laaland. Aux dernières nouvelles, son arrivée est prévue pour dimanche ou lundi. Il sera accueilli par Are Wiig, avant de se diriger vers l’océan Austral.

Le prof de maths est devant

A 73 ans, le navigateur Jean-Luc Van Den Heede (déjà cinq tours du monde à son actif), ancien professeur de mathématiques en lycée à Lorient, est premier de la classe. A bord de Matmut, un Rustler 36 spécialement aménagé pour cette course, « VDH » annonce de bonnes conditions (tout est relatif) météorologiques alors qu’il frôle les 40e Rugissants.

Il a environ 900 milles d’avance sur le reste de la flotte. Il prévoit de passer la porte, fictive, placée par les organisateurs de la course à Hobart, en Australie, d’ici le 3 octobre. Lors de sa vacation radio avec les organisateurs de la course, le 3 septembre, il racontait: « Le ciel est très nuageux sans soleil le jour ni étoile la nuit. Les vagues sont assez fortes et longues avec des creux d’environ 4 mètres, mais elles ne sont pas dangereuses. De temps en temps elles éclatent sur le bateau, il vaut mieux sortir avec le ciré. »

« Je me sens un peu seul, c’était plus sympa quand Philippe Péché était là. Hier j’ai réussi à avoir un contact avec Mark Slats mais les autres sont trop loin et je ne les entends pas. »

Il a rencontré des problèmes de régulateur d’allure qu’il est parvenu à réparer. Une visse de son enrouleur a failli ficher le camp mais il l’a récupérée avant qu’elle ne sorte de son pas.

Du mental, des vivres et du matériel

Dans la flotte, il n’y a pas qu’à l’arrière ou dans le peloton que les abandons ont eu lieu. Philippe Péché, sur PRB, a été contraint de regagner Cape Town le 11 août. Il a envoyé un message, relayé par son compte Twitter, fort en émotion.


Il se trouvait alors en tête de la course au coude à coude avec Jean-Luc Van Den Heede.

Un chavirage dantesque

Le Norvégien de 59 ans, Are Wiig, faisant preuve d’un grand sang froid et d’une technique parfaitement maîtrisée, abandonne lui aussi suite à un violent chavirage suivi d’un démâtage. Son histoire fait froid dans le dos.


En haut d’une vague, son voilier ,Olleana, est retombé et a effectué un 360 avant de se rétablir, mât coupé en deux endroits. Son manager raconte: « Il était en train de réparer la goupille de sécurité de son régulateur d’allure quand son voilier a chaviré. Il a été projeté dans la descente et a atterri sous la casquette. Il a eu des contusions et a fini dans le cockpit une entaille à l’oreille. » Le site de la course rapporte un témoignage impressionnant. Peter Muller, l’un des nombreux Capetoniens à avoir attendu pour accueillir Wiig quand il s’est amarré au Royal Cape YC, rapporte: «Son bateau était un véritable champ de bataille. Le mât s’était brisé à au moins deux endroits et les pièces avaient été arrachées sur le pont. Il avait un pont fissuré et un hublot brisé. Are explique que les fissures et les dommages à tribord ont traversé le bateau. »

« Il n’avait vu ce type de dommages auparavant que dans son travail (en tant qu’ingénieur maritime) lorsque des bateaux étaient tombés sur le béton lorsqu’ils étaient entreposés à terre. »

Are Wiig est arrivé à Cape Town après avoir navigué sous gréement de fortune, manoeuvre à réussir obligatoirement lors des qualifications pour la course.

Face à la solitude

Parmi les Français, Antoine Cousot a rejoint Rio. Mi-juillet, Antoine Cousot a du faire face à la solitude.  Il a décidé de faire halte pour mieux réfléchir. « J’avais besoin de faire une pause juste pour soulager la pression, a-t-il expliqué aux organisateurs. C’était important pour moi de m’assurer mentalement que tout fonctionne … Et c’était bien de prendre un hamburger et une bière! C’est un défi personnel – une grande aventure. »

« Vous n’avez aucune idée, même en lisant le livre de Moitessier et ceux des autres navigateurs en solitaire, sur ce que c’est que d’être seul. Ils parlent de la mer et de l’environnement, mais ils ne parlent pas de ce qui se passe à l’intérieur. »

Il est arrivé à Rio de Janeiro à la voile, mais s’est blessé à l’épaule et au pied alors qu’il tentait de changer de voile sur le pont avant de son Biscay 36 Métier Intérim. Il indique que si c’était à refaire, ce serait avec un enrouleur de voiles d’avant plutôt qu’avec des voiles à mousquetons à monter et hisser à la main.

Au total des abandons: Antoine Cousot, Are Wiig, Ertan Beskardes, Kevin Farebrother, Nabil Amra et Philippe Péché.

Pour suivre la course en direct: cliquez sur le site du tracking.

Gaëlle Richard