Marielle Philip assouplit les peaux dans son atelier de La Teste-de-Buch / Photos G.R.

Lifestyle 25 mars 2018

Du cuir en peau de poisson

Marielle Philip crée du cuir haut de gamme en tannant des peaux de poissons jetées par les poissonniers

Au départ : la peau de poissons voués à la poubelle. A l’arrivée : des sacs de luxe. Entre les deux, le tannage de Marielle Philip. Sur le bassin d’Arcachon depuis 2013, la cofondatrice de Fémer fabrique du cuir de poisson. A partir de peaux d’espèces pêchées en Atlantique, elle crée la matière première vendue à des artisans  et à l’industrie du luxe pour la fabrication de sacs, des chaussures ou d’accessoires.

Son but, développer une nouvelle filière : du pêcheur au sac à main.

La jeune femme, élégante et dynamique, est autant motivée par la fabrication écoresponsable de ses peaux marines que par le raffinement qu’elle parvient à leur conférer. Dans sa cabane située sur le port de La Teste, Marielle Philip utilise une technique de tannage 100 % végétale, sans chrome ni sel métallique.

Les peaux de poisson sont tannées dans la cuve de l’atelier

Après les avoir écharnées et écaillées, elle laisse baigner les peaux dans des bains de couleur issue de plantes (mimosa, noix de galle).

Selon l’espèce de poisson, le cuir y restera entre une semaine et quinze jours avant d’être assoupli manuellement sur un métier traditionnel. Une partie du travail est réalisé par l’établissement pour adultes handicapés tout proche de la cabane de Marielle.

Une technique ramenée de Laponie

C’est la mère de Marielle, membre de l’association Femmes de mer en partage, qui a ramené cette idée d’un voyage en Laponie. La jeune fille, diplômée de droit de l’environnement et d’un Master2 de Gestion des littoraux et des mers (Montpellier), lasse d’errer de stages en CDD crée son entreprise à 25 ans et commercialise ses premières peaux en 2015. Ses fournisseurs sont les poissonniers ou les industriels de la filière alimentaire car les peaux sont celles récupérées sur les filets des poissons.

« On veut donner une seconde vie à ces peaux et travailler selon l’économie circulaire ».

Les artisans utilisent ce cuir, « aussi résistant que celui de mammifères », pour des petites pièces comme les bracelets. Ils peuvent aussi s’en servir pour fabriquer des chaussures.

La sandale La Pylataise / Photo La Pylataise

Marielle Philip est partenaire de Paskap, dans les Landes, et de l’entreprise Daguet en Limousin pour élaborer les sandales La Pylataise, en cuir de saumon.

La collection maman-bébé

Marielle Philipp affirme ses deux partenariats avec l’entreprise landaise Paskap et le maroquinier limousin Daguet. « Nous travaillons beaucoup sur le modèle baby de La Pylataise, explique Marielle Philipp. Comme ça, la maman aura les mêmes chaussures que son bébé (modèle adapté au petit pied, bien sûr). Avec le maroquinier Daguet, nous avons renforcé notre partenariat pour créer toute une collection de sacs à main, porte-cartes et bracelets assortis aux Pylataises. Nous adapterons les coloris à chaque saison. »

En terme de matière première, elle récolte le fruit de ses recherches. « Je rencontrais des soucis pour sortir une couleurs homogène sur le ventre et le dos de la peau, le dessus étant souvent plus foncé. Je suis parvenue à blanchir le côté foncé pour que les couleurs prennent partout la même teinte. »

 

Les grandes marques se sont rapprochées de la Girondine. « Elles ont réalisé plusieurs essais pour leurs propres collections. Il faut en moyenne deux ans pour sortir un produit mais je suis sur la bonne voie. »

« Le poisson commence à intéresser les grandes marques car nos peaux sont tirées de poissons initialement destiné à l’alimentation. Ils ne sont donc pas tués exprès. »

Cet argument compte de plus en plus dans dans l’intérêt anti-gaspillage des consommateurs. Les citoyens demandent de plus en d’éthique dans la mode et les grandes marques ont compris l’enjeu de cette évolution d’état d’esprit. »

Les collections maroquinerie et baby sortiront au printemps ainsi que des ventes privées et une nouvelle collections de sandales et de sacs.

Gaëlle Richard