Un doris de Krohn / Photo Claude Clin

Faune & Flore 21 juin 2018

Deux plongeurs filment les nudibranches du bassin d’Arcachon

Deux plongeurs amateurs, passionnés de photo macro subaquatique, publient un film pour comprendre ce monde minuscule et coloré

Difficile de les voir à l’oeil nu, ces animaux mesurent entre 2 millimètres et 2 centimètres. Ils sortent surtout la nuit. C’est donc à partir du coucher du soleil que Jean-Pierre Ségonnes et Claude Clin plongent jusqu’à une vingtaine de mètres dans le bassin d’Arcachon. Lampe torche au poignet, ces plongeurs amateurs éclairés traquent les nudibranches à la pointe du Cap Ferret. Ils viennent de publier un DVD de leur film « En quête des nudibranches du Bassin d’Arcachon« .

Ces mollusques gastéropodes n’ont pas de coquille pour protéger leurs branchies d’où leur nom: branchies à nu. On les appelle trop facilement des « limaces de mer » mais ils ne sont pas du tout la version marine des limaces terrestres. Les nudibranches forment un groupe biologique spécifique. La plupart des espèces est carnivore et pourvue d’yeux minuscules servant surtout à distinguer l’ombre et la lumière.Ils se nourrissent en râpant la nourriture située sous eux au moyen de mâchoires parfois très puissantes.

Un doris cantabrique dans le bassin d’Arcachon / Jean-Pierre Segonnes

Les principaux organes sensoriels des nudibranches sont leurs rhinophores, qui détectent les particules chimiques présentes dans l’eau, notamment la nourriture, les phéromones d’un éventuel partenaire sexuel, ou la présence de certaines menaces.

Une explosion de couleurs

Claude Clin et Jean-Pierre Ségonnes, deux plongeurs girondins, sont tombés amoureux de ces petites bêtes. Claude Clin, par ailleurs réalisateur et compositeur pour Facelines Productions, se passionne pour les couleurs et les formes de cette faune.

« Ces animaux sont magnifiques! Extraordinaires de couleurs et de formes différentes. »

Jean-Pierre Ségonnes, enseignant en technique et sciences industrielles dans une vie parallèle, est plongeur et passionné de vidéo sous-marine. Il totalise 1.200 heures d’immersion dont l’essentiel en plongée nocturne. Claude Clin est plongeur biologiste professionnel au sein de la FFESSM. Il réalise des photos, des films ou des prélèvements subaquatiques. « En quête des nudibranches » est projeté dans les cinémas, lors de la dernière édition du Festival International du Monde Marin Galathea.

« Notre objectif est de faire connaître le monde sous-marin et ces espèce encore peu connues » explique Jean-Pierre Ségonnes. Ils décident donc de mettre en film les milliers d’images que chacun possède et de rendre le tout attrayant pour le néophyte en instillant une histoire comme fil conducteur. Pour rédiger les fiches de chaque espèce filmée, ils se sont entourés de biologistes spécialistes des nudibranches. Le DVD sert, outre la présentation au grand public, de support pédagogique dans les clubs de plongée.

Au bout du bassin d’Arcachon

Les deux passionnés girondins plongent au Cap Ferret. « Au port de La Vigne, nous sommes à 6 ou 7 mètres et à la pointe d’Hortense, on descend jusqu’à 25 mètres, détaille Claude Clin. Comme nous plongeons la nuit, puisque c’est à ce moment que les nudibranches, des prédateurs, sortent, nous profitons de toutes les longueurs d’ondes de notre lumière très proche de l’animal. Normalement, à 15 mètres, on ne voit pas toutes les couleurs. Par exemple, le rouge semble noir. » C’est donc la lampe torche en pleine figure que les nudibranches se dévoilent, surpris par une lumière intempestive.

Leur prochain projet se fixe pour objectif de dresser un état des lieux de la faune du bassin d’Arcachon « en mettant autour d’une même table pêcheurs, plaisanciers, ostréiculteurs, etc. dans un souci de formation et de sensibilisation. »

Depuis la vingtaine d’années qu’ils fréquentent les fonds de la lagune girondine, les deux plongeurs constatent moins de poissons, moins d’hippocampes mais également moins de déchets.  Voilà peut-être une piste d’optimisme pour la protection du milieu naturel.

Gaëlle Richard