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Glisse 12 octobre 2019

Des piscines à vagues : interrogation d’un passionné

D’ici quelques années, plusieurs villes de France auront leur piscine à vagues. On a demandé à Jullian Lhoumeau, passionné de surf depuis son enfance, et qui s’occupe notamment du magazine, de nous donner son avis sur le sujet :

© MasterFrance 2019

« Ça y est c’est parti on les voit fleurir partout ces « piscines » délivrant des vagues parfaites où même nos légendes du surf s’éclatent et nous donne envie d’aller travailler nos manœuvres et ainsi pousser notre performance en terme de surf. J’avoue ça me fait rêver.. Mais au fond est-ce que ça me fait réellement rêver ?

Le surf pour moi et mes amis c’est passer la dune tous ensemble, parfois même plusieurs dunes afin de trouver LE bon spot, celui qui sera un pic parfait qui associe bonnes vagues, juste entre potes, et où on va optimiser sa session pour essayer de prendre « la bombe ». Mais c’est aussi rire pendant le trajet, se changer sur le parking ou les pieds dans le sable tout en regardant ses potes sortir du barreau ou encore attendre deux heures que la marée se cale. Je me rappelle de plusieurs titres de magazine dans mon enfance dans lesquelles était écrit le « surf, un art » avec Gerry Lopez en couverture.

© Julien Miremont, the tahitian and frenchy’s team on board of King Millenium, Mentawai (a real wave pool)

Le surf c’est respirer les embruns, apprendre à calculer la météo avec les dépressions, bancs de sable et marées, Mais c’est aussi avoir froid (très froid), casser sa planche et rentrer à la rame du fond. Ou encore avoir une session pourrie qui devient magique ou bien l’inverse. C’est gagner le respect des locaux et pas que par le surf mais aussi par l’échange, les sourires et les crises de rire. C’est aussi la pluie qui arrive, les filles en maillots qui se baignent devant vous l’été. C’est oublier sa Wax à la voiture. Mais c’est avant tout l’attente d’une bonne session qui fait que le surf est magique.

Pourtant elles sont bien là nos piscines à vagues… une grande partie des pratiquant(e)s seront des nageurs en recherche de glisse, sûrement bien plus fort techniquement que nous ne sommes tous aujourd’hui, nous, ces surfeurs en manque de vague qui, chaque semaine, vérifient les conditions pour prendre les rendez-vous au bon moment.

@ KingMillenium

Il faut avouer qu’elles offrent aussi la capacité de surfer tous les jours pour ceux qui le veulent (et ont le portefeuille), il est sur que c’est incroyable d’avoir tous les jours des « vagues parfaites » pour nous qui chassons la bonne météo surtout en hiver.

À ce propos, j’ai récemment essayé une vague statique dans un lac; certes on est sur une planche de surf, le but est de faire des « S » en haut de vague ou les meilleurs accouchent de 360° et autres manœuvres plus « skate ». Le tout est intéressant pour travailler sa gestuelle, mais les bottom turn (virage en bas de vague, l’essence du surf est dans ce virage, c’est lui qui donne le tempo de la manœuvre qui va suivre et de la vision que le surfeur aura de sa vague) rendus quasi impossibles associés à aucun choix de vague, aucun placement, aucune rame.. rendaient le tout très étonnant et selon moi bien que l’équipe fut au top, cela reste loin du surf et de ce que vont être les piscine à vagues comme celle de Slater ou de notre local « Wave Garden ».

Face au progrès on ne peut que renoncer mais là encore se pose une question…

© Kingmillenium

Est-ce du progrès qu’entretenir ces machines au milieu d’une ville qui remplace un élément naturel aussi vivant, dangereux et exaltant que l’océan ?

Personnellement, j’aime l’océan, j’aime passer les dunes et dire à mes enfants : « regarde comme c’est beau, ici c’est chez toi ». Et c’est aussi pour ça que j’aime le surf. Il me tarde d’améliorer mes rollers et autres snaps mais si je fais ça demain en piscine c’est pour te retrouver toi, océan. »

Jullian Lhoumeau.