La barge à couple du bateau /Crédit photo G. R.

Ports 6 février 2018

Bordeaux. Les poubelles des paquebots partent par le fleuve

Bordeaux innove dans la collecte des déchets ménagers de bateaux par barge fluviale. Du port de la Lune jusqu’à l’usine de traitement, les poubelles naviguent sur la Garonne

A Bordeaux, les poubelles prennent la mer. Ou plutôt le fleuve. Le but est de minimiser le nombre de camions empruntant les quais et l’amoncellement de conteneurs mal-odorants et disgracieux devant les façades inscrites au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco.

Depuis octobre 2016, la collecte des déchets ménagers des paquebots se fait par barge spéciale. Si le système existe ailleurs pour d’autres déchets, comme les eaux de nettoyage de fonds de cale, les résidus hydrocarburés ou les peintures et graisses, Bordeaux se place dans le peloton de tête pour les déchets ménagers (ménagers et assimilés, emballages : papiers, cartons d’emballage, verre, huiles alimentaires, petits encombrants et déchets électroniques en fin de vie) même si, sur la Seine, l’expérience est menée depuis six ans. Pour le moment, ce sont surtout les paquebots fluviaux qui adhèrent à ce système mais avec 53 paquebots maritimes par an, chacun transportant un millier de passagers, le potentiel de développement est important. Bordeaux Métropole a choisi Suez Sud-Ouest pour ce marché.

Barge munie d’une grue

Les paquebots fluviaux naviguant sur la Garonne, comme le « Princesse d’Aquitaine » de CroisiEurope, établissent le jour de passage de la barge en relation avec le chef de bord de celle-ci, en fonction des volumes à jeter. La barge, en tous points similaire à celle du débarquement de Normandie, cadeau des Allemands à la France en réparation des dommages de guerre, se met à couple du navire et récupère sacs poubelles, bouteilles et cartons. Munie d’une grue et de plusieurs bennes, l’engin se pointe un peu à la demande des équipages. Elle fait partie de la flotte de l’entreprise Coeur d’estuaire, société de transport de marchandises et de passagers basée à Blaye et opérant sur l’estuaire de la Gironde, la Dordogne et la Garonne fondée par David Decouzon, un enfant du fleuve qui en connaît chaque recoin et caprice. Techniquement, le cadeau des Allemands présente l’intérêt de pouvoir beacher sur la berge à Bègles, directement au pied du centre de valorisation des déchets de l’agglomération bordelaise, Astria.

Sécurité et gain de temps

« Avant, il fallait se trouver à 6 h 30 sur le quai. Maintenant, on choisit un peu en fonction de nos besoins » témoigne François Robin, capitaine du « Princesse d’Aquitaine ». Avant, les membres d’équipage devaient acheminer les sacs poubelles de 50 litres du bateau jusque sur le quai. Dur pour le dos, surtout à marée basse lorsque le ponton affiche une pente raide. Désormais, ils jettent les sacs par-dessus bord. Bien plus rapide. Pour Jean-Marc Portebois, responsable régional Sud-Ouest de CroisiEurope, la collecte fluviale apporte « davantage de sécurité et un gain de temps ». Au lieu de trois étapes (collecte sur le pont du bateau, ascension du ponton et dépôt sur le quai), les membres d’équipage n’en opèrent plus que deux : collecte et jet par-dessus bord. Ils peuvent être alors employés à d’autres tâches.

Suez réfléchit à élargir son offre à la collecte des eaux grises, les eaux usagées.

G. R.

EN CHIFFRES
>80 bateaux ont été collectés lors de la saison estivale 2017

>100 tonnes de déchets ont été ramassés sur cette période de 60 jours

>200 tonnes de déchets sont produits par les bateaux sur une année

>5 camions par jour sur les quais sont évités par la collecte par barge