Le bassin Vauban de Saint-Malo rempli de voiliers de course et de chapiteaux pendant le village de la Route du Rhum
Le bassin Vauban pendant le village de la Route du Rhum 2018. Photo : Rodney78 / Wikimedia Commons, CC0.

Nautisme • 12 octobre 2026

Route du Rhum 2026 : 118 solitaires, un bateau neuf et un tenant du titre resté à quai

Le 1er novembre à 13 h 02, 118 solitaires largueront les amarres au large de la pointe du Grouin pour 3 542 milles de bagarre jusqu’à Pointe-à-Pitre. Un trimaran volant tout juste sorti du chantier, un tenant du titre resté à terre faute de sponsor, une flotte de Class40 qui ressemble à un départ de marathon : la Route du Rhum 2026 a déjà ses intrigues. On fait les présentations.

Route du Rhum 2026 : le décor avant le coup de canon

Tous les quatre ans, Saint-Malo se transforme en paddock. Le village de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe ouvre ses portes le 20 octobre, et pendant treize jours le bassin Vauban va charrier une foule venue renifler le carbone, serrer des mains de marins et faire semblant de comprendre ce qu’est un foil en T. Puis, le dimanche 1er novembre à 13 h 02, tout ce petit monde file vers le Cap Fréhel avant de piquer plein sud, en solitaire et sans escale, vers la Guadeloupe.

Les chiffres de cette 13e édition donnent le ton : 118 skippers retenus, répartis en six classes — 6 Ultim, 11 Ocean Fifty, 26 Imoca, 49 Class40, 13 Vintage Multi et 13 Vintage Mono (les anciennes catégories Rhum Multi et Rhum Mono ont changé de nom). C’est moins que le record de 138 partants de 2022, mais l’organisation parle déjà du plateau le plus relevé de l’histoire de la course. À battre : le chrono de Charles Caudrelier, 6 jours 19 heures 47 minutes, signé il y a quatre ans.

Cinq trimarans géants de la classe Ultim amarrés côte à côte au port de Brest, au crépuscule
Les géants de la classe Ultim, ici à Brest fin 2023 : six d’entre eux seront au départ de Saint-Malo. Photo : MFonzatti / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Ultim : Caudrelier contre sa propre machine

Le tenant du titre part favori, et c’est logique. Ce qui l’est moins, c’est le pari qu’il fait : Caudrelier s’élance sur Gitana 18, le nouveau Maxi Edmond de Rothschild construit chez CDK Technologies à Lorient et dessiné par Guillaume Verdier. Un trimaran mis à l’eau cet hiver, pensé pour tenir des moyennes au-dessus de 40 nœuds dans une mer formée plutôt que pour briller sur un bord de vitesse. Sur le papier, c’est une fusée. Dans la réalité, c’est un bateau qui aura à peine huit mois de navigation au moment du départ, et la Route du Rhum adore punir les machines pas tout à fait fiabilisées.

En face, Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) court toujours après une victoire qui lui échappe sur cette transat, Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) prend son huitième départ pour la Guadeloupe, et deux bizuths de la catégorie promettent de ne pas jouer les figurants : Tom Laperche, 28 ans, sur SVR-Lazartigue, et Anthony Marchand sur Actual Ultim 4. Le Malouin Louis Burton, débarqué de l’Imoca, complète la grille à domicile. Six géants de 32 mètres, six façons de casser — ou de gagner.

Le trimaran Ultim Gitana 18, Maxi Edmond de Rothschild, amarré à Lorient après sa mise à l'eau en 2026
Gitana 18, le nouveau Maxi Edmond de Rothschild de Charles Caudrelier, à Lorient en février 2026. Photo : Jug81 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Imoca : le roi abdique, la couronne roule sur le ponton

Le coup de massue est tombé le 21 septembre : Thomas Ruyant, double vainqueur de l’épreuve et tenant du titre en Imoca, ne sera pas à Saint-Malo. Pas de blessure, pas d’avarie : simplement pas de partenaire pour financer la campagne. Un bateau neuf, construit dans l’urgence et prometteur, restera donc à quai, et c’est sans doute la phrase la plus cruelle de cet automne nautique. La course au large reste un sport où l’on peut être le meilleur et ne pas avoir les moyens de le prouver.

Conséquence directe : la classe Imoca n’a plus de patron. Jérémie Beyou (Charal) et Sam Goodchild (Macif Santé Prévoyance) sont les noms qui reviennent le plus souvent sur les pontons, Sébastien Simon a des comptes à régler avec l’Atlantique, et Boris Herrmann figure parmi les engagés annoncés au printemps. Côté nouvelle vague, Violette Dorange, Elodie Bonafous et Francesca Clapcich apportent ce que la flotte a de plus précieux : de l’imprévisible.

Ocean Fifty et Class40 : la meute

Autre absence qui pique : Erwan Le Roux, vainqueur 2022 en Ocean Fifty, a lui aussi renoncé pour raisons budgétaires. Les onze trimarans de 50 pieds de la classe seront néanmoins tous au départ, avec Thibault Vauchel-Camus dans le rôle du vieux briscard, le Malouin Luke Berry, Pierre Quiroga, et Basile Bourgnon, fils de Laurent, double vainqueur de la course dans les années 1990. Il y a des héritages plus légers à porter.

Et puis il y a la Class40, le cœur battant du Rhum : 49 monocoques de 12 mètres, des écarts de quelques milles après deux semaines de mer, des pros et des amateurs éclairés sur la même ligne. Corentin Douguet est le favori désigné, mais Ian Lipinski, Fabien Delahaye, Achille Nebout et Alexis Loison n’ont pas fait le déplacement pour admirer les remparts.

Un trimaran de 50 pieds pavoisé quitte le port de Saint-Malo, équipage et drapeaux à bord, le jour du départ de la Route du Rhum
Jour de départ à Saint-Malo : un trimaran de 50 pieds quitte le port sous les drapeaux, en 2014. Photo : Édouard Hue / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Vintage : les légendes ne prennent pas leur retraite

Les classes Vintage, c’est le musée qui reprend la mer, et c’est souvent là que se racontent les plus belles histoires. En multicoque, d’anciens Orma de 60 pieds reprennent du service, avec Francis Joyon — vainqueur au finish en 2018 —, Damien Seguin, Éric Péron ou Gilles Lamiré, aux côtés des catamarans de Roland Jourdain et Marc Guillemot. En monocoque, Jean Le Cam s’aligne sur un Swan 59 retapé pendant quatre ans, et Tanguy Caradec prend le départ d’une course qui a coûté la vie à son père, Loïc, disparu en mer lors de l’édition 1986. Ceux-là ne courent pas seulement contre les autres.

Ce qu’il faut surveiller d’ici le 1er novembre

  • La météo de la première nuit : en 2022, une dépression avait fait repousser le départ de trois jours. Le golfe de Gascogne en novembre ne fait pas de cadeaux.
  • La fiabilité de Gitana 18 : si le bateau tient, la course Ultim pourrait virer au monologue. S’il tousse, tout redevient ouvert.
  • Les derniers engagements : la liste n’est définitive qu’au départ, et des skippers cherchaient encore des fonds à l’automne.
  • Le suivi : cartographie officielle sur routedurhum.com, diffusion annoncée sur France 3 et franceinfo.

La Route du Rhum n’a jamais été une course pour les gens raisonnables. Cette année, elle rappelle aussi qu’avant d’affronter l’Atlantique, il faut convaincre un directeur financier — et que ce n’est pas toujours la traversée la plus facile. Rendez-vous le 1er novembre, côté Grouin, les jumelles autour du cou et le ciré à portée de main.

Sources

Route du Rhum – Destination Guadeloupe (site officiel) · Classe Ultim · Figaro Nautisme · Bateaux.com · Bateaux.com (Gitana 18)

Crédits photos

Image à la une : bassin Vauban, Route du Rhum 2018 — Rodney78, Wikimedia Commons, domaine public (CC0).
Trimarans Ultim à Brest — MFonzatti, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Gitana 18 à Lorient — Jug81, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Départ de la Route du Rhum 2014 — Édouard Hue, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.