Extraction de sable / Via planetoscope.com

Littoral 15 avril 2019

Nos plages sont-elles menacées par les extractions de sable marin ?

Le sable est-il présent en aussi grande quantité dans le monde ?

Les extractions de sable marin que les pouvoirs publics réalisent au large pour venir ravitailler les plages érodées et alimenter le système productif mettent-elles en danger la ressource ?

Une ressource très utilisée

Le sable est utilisé pour un champ très large de produits : microprocesseurs, terres agricoles, béton, verre, pneus… Il est aussi utilisé pour réapprovisionner le littoral marin des côtes touristiques dont le sable est emporté par la mer.
Aussi le marché du sable a-t-il explosé, comme au Vietnam, dont plusieurs milliers de km3 de sables sont achetés par la Chine, ou au Maroc, dont certaines plages ont été rayées de la carte à cause de l’extraction. Au total, ce seraient 15 milliards de tonnes de sable qui seraient consommés chaque année dans le monde. Du fait de l’évolution démographique de la population mondiale, cette tendance ne semble pas près de s’estomper. Rien qu’en France, 450 millions de tonnes de granulat (catégorie qui comprend sable et graviers) sont consommés chaque année, soit 20 kilos par habitant chaque jour. Si les sables marins sont marginaux dans l’amas de sables engloutis, ils sont très utilisés au Royaume-Uni (20 millions de tonnes) et au Bénélux (45 millions).

Seul le sable des plages est propre à la transformation

Or, si les déserts semblent pouvoir procurer du sable en profusion, celui-ci est impropre à la production. En effet, le travail du temps l’a rendu trop lisse pour qu’il puisse s’agréger et être propre à la construction de bâtiments ou au ravitaillement des plages. Dès lors, seul le sable marin peut être utilisé pour obtenir du béton solide, après un lavage à l’eau.

 

Différents types de sable Via sciencesetavenir.fr

 

Pour extraire le sable des dunes sous-marines, des élindes sont utilisées, remorquées par un bateau, qui aspirent le sable sur le pont et recrachent l’eau, formant une turbide dans la mer (un nuage de sable) qui met en danger l’écosystème et la pêche.

L’érosion du littoral est liée à l’extraction des sables marins

Selon Christian Buchet, directeur du CERM (centre d’études et de recherche de la mer) à l’Institut catholique de Paris, l’extraction des sables marins, trop proche des rivages, est un enjeu problématique pour la sauvegarde des littoraux. Comme il le rappelle dans son Livre noir de la mer (2015), le prélèvement du sable à proximité des côtes, qui offre des avantages en termes de coûts (car le sable se trouve à des niveaux moins profonds et ces opérations facilitent l’approche des navires des ports), est une catastrophe pour l’érosion qui touche 23,4% du littoral hexagonal. La mer bouche automatique les trous créés par l’extraction avec du sable marin emporté du rivage.
C’est pour cette raison que Christian Buchet appelle à une réforme des études d’impact obligatoires avant tout extraction des sables marins pour qu’ils intègrent les conséquences sur l’érosion des côtes. Une lutte contre l’extraction clandestine est aussi nécessaire, comme l’expose Denis Delestrac dans son documentaire de 2013 Le sable, enquête sur une disparition. Le recyclage est également une voie à privilégier, bien que le produit final soit aussi cher que le granulat neuf.

 

Via mines-paristech.fr

Ed.W