Les zones mortes se multiplient, que faire ? Image via Unsplash

Environnement 5 janvier 2020

Les zones mortes se multiplient

Le rapport de l’UICN 2019 pointe l’asphyxie continue des océans. Le taux d’oxygène dissout baisse régulièrement au niveau mondial. Localement, la progression de zones mortes, historiquement fécondes, est très visible. À tel point que les professionnels s’inquiètent.

Des ZMO particulières

La photosynthèse marine, image via Unsplash

L’oxygène dissout provient d’échanges avec l’atmosphère, et de la photosynthèse marine. La thermocline sert d’échangeur entre les eaux profondes et superficielles. Les zones à minimum d’oxygène (ZMO) se situent souvent de 200 à 1000 m de profondeur. Chaque profondeur voit un équilibre spécifique entre consommateurs et producteurs d’oxygène, avec des taux élevés d’oxygène dans les eaux de surface. Pourtant, des zones mortes apparaissent à faible profondeur, se développant près de nos côtes ou dans les estuaires. Les causes sont à chercher du côté des activités humaines.

L’eutrophisation

La vie marine est en danger lorsque la concentration d’oxygène tombe sous 30 % du seuil de saturation. Rarissime dans les eaux brassées, l’eutrophisation peut apparaître dans des baies, golfes et mers fermées. L’accumulation de nutriments en excès permanent, carbonés et azotés, accélère la croissance des plantes (algues et zooplancton). Leur décomposition par des bactéries aérobies génère un besoin en oxygène non compensable par la photosynthèse. L’hypoxie, déficit en oxygène, devient fatale, aggravée par d’autres nuisances liées aux bactéries anaérobies et la turbidité qui gêne la photosynthèse. Parfois naturelle, l’eutrophisation est surtout provoquée par les activités humaines.

Diagramme de cause de l’eutrophisation et de l’hypoxie, © Dr. Hans W. Paerl

Hypoxie et anoxie s’emballent

Lorsque le taux d’oxygénation baisse trop, les espèces mobiles, tels les poissons, se mettent à fuir. L’activité de la pêche dans ces zones généralement naturellement riches est affectée. Les espèces peu mobiles, crustacés et coquillages commencent à succomber, ajoutant de la matière à décomposer gourmande en oxygène. Ces zones hypoxiques ont décuplé en 50 ans. En dessous d’un taux de l’ordre de 60 micromoles par Kg, la zone bascule en anoxie, où toute vie disparaît. Ces zones anoxiques ont été multipliées par quatre. La surfaces des zones mortes augmente également. Pourquoi cet emballement ?

Le syndrome global du réchauffement climatique

Le réchauffement climatique, image via Unsplash

La température moyenne des océans augmente avec le réchauffement climatique. Il y a physiquement moins d’oxygène dans les eaux chaudes que dans les eaux plus froides. On a mesuré une baisse du taux d’oxygénation de 2 % au niveau mondial en 50 ans. La projection est de 4 % de baisse d’ici 2100. On parle désormais d’asphyxie généralisée. Pire, un équilibre local déjà fragile peut rompre et basculer en zone morte.

Agriculture et aménagement du littoral localement en cause

Les sédiments apportés par un ruissellement aggravé par la bétonisation, apportent un excès de nutriments propice à l’eutrophisation. Ils sont parfois directement déversés dans la mer suite à des travaux ou des curages. Les agglomérations apportent leur triste contribution sous forme d’eaux usées et de rejets industriels.

Les activités agricoles intensives rejettent des fertilisants naturels ou de synthèse. Songeons aussi que les sédiments et effluents apportés par les fleuves proviennent de tout un bassin versant parfois immense. Les estuaires sont très touchés: une zone morte de 20 000 m² s’est constituée à l’embouchure du Mississippi.

© Vidéo Brut

Des remèdes évidents mais si controversés

D’évidence, la lutte contre le réchauffement climatique, une agriculture plus raisonnée et une urbanisation du littoral moins agressive peuvent enrayer ce développement de zones mortes. Il y a comme sur terre une résilience et une réversibilité naturelle. Au pire, une reconquête avec des espèces différentes. Mais voilà le même grand problème que l’écologie en général : il faut changer des habitudes, affronter des reconversions économiques, et parfois simplement y croire.

Ed. W.