Photo par Y. Gouguenheim / Image & Rivière – Avril 2015

Dossier 16 juillet 2019

Le Chabot du Lez, fragile et si vulnérable

Il mesure entre deux et sept centimètres et pèse quatre grammes à l’âge adulte : le Chabot du Lez, ventripotent petit poisson d’eau douce sédentarisé dans les eaux du Lez dans l’Hérault, est sur la liste Rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature(UICN) parmi les espèces menacées et particulièrement vulnérables.

De l’Atlantique au Lez

C’est en 1964 que des chercheurs roumains découvrent cette espèce, alors qu’ils effectuent des recherches basées sur des échantillons de poissons issus de plusieurs rivières françaises. Ils décrivent alors l’espèce Cottus Petiti, qui se différencie de la plus commune Cottus Gobio, présente dans de nombreuses régions de France. Cottus Petiti semble au contraire avoir élu domicile dans le Lez, fleuve situé en Occitanie près de Montpellier. Sa proximité génétique avec les espèces issues de l’Atlantique laisse supposer que la population méditerranéenne de Chabots y trouverait son origine. Au cours de la période du Riss il y a 30 000 ans, profitant de la connexion des cours d’eau, le Chabot se serait déplacé jusqu’aux eaux méditerranéennes. Des évolutions génétiques récentes expliqueraient les divergences morphologiques observées entre les espèces.

Un espace de vie adapté

Au creux du Lez sur une distance de 29 km, le Cottus Petiti évolue tranquillement par petits bonds, nageant à faible allure et vivant au creux des roches. Dépourvu de vessie natatoire, dissimulé dans les galets, son homochromie lui permet de se confondre avec les fonds aquatiques. Il se nourrit de petits crustacés, de mollusques et de quelques alevins. En raison de leurs forts débits d’eau, les seuils naturels du Lez l’empêchent d’aller visiter d’autres contrées marines, et donc de migrer vers d’autres zones.

 

Photo par Filfishprod / Philippe Carrière

 

Des menaces sur l’environnement du chabot du Lez

Cette fragilité due à la sédentarité de ce petit poisson d’eau douce est accentuée par des facteurs extérieurs qui déploient de fortes menaces sur la survie de l’espèce. En cause, la qualité de l’eau du Lez, et donc l’habitat de Cottus Petiti, fait l’objet de vives inquiétudes. Pollué par les herbicides et engrais charriés par les ruissellements, le fleuve devient de plus en plus étouffant pour ses hôtes. Cette contamination constitue le facteur majeur d’inquiétude liée à la survie de l’espèce. Les fluctuations du niveau d’eau menacent également la population, entre crues et périodes d’étiages qui bouleversent la vie des Chabots du Lez.

Au-delà de ces risques liés à l’habitat, c’est aussi la main de l’Homme qui jette une ombre sur une situation déjà préoccupante. D’une part, au travers de l’introduction d’autres espèces, comme les truites ou les chabots communs qui se nourrissent des alevins de Cottus Petiti, c’est un combat inégal qui s’instaure. D’autre part, avec la fréquentation importante du site dit « Passage à gué », et qui constitue une zone de forte concentration du Chabiot du Lez, c’est leur zone de vie qui est dégradée. Avec en ligne de mire la fragilisation de l’espèce due à la perte de pontes ou à l’élimination d’individus reproducteurs.

 

 

Protéger l’espèce dans son cadre de vie

Que faire pour sauver cette espèce endémique de l’extinction ? Des mesures ont été prises dès 2001, au travers du classement du site en zone Natura 2000 (réseau de sites marins protégés). En 2015, un rapport signé Natura 2000 et SYBLE (Syndicat du Bassin du Lez) a émis plusieurs propositions visant à protéger l’espèce. Tout d’abord, il apparaît essentiel d’améliorer les connaissances sur le Chabot du Lez, sa biologie et son comportement. Autre objectif affiché, celui de mieux connaître, et donc de mieux maîtriser les caractéristiques hydrauliques du fleuve et leur influence sur la population de Cottus Petiti. Enfin, une grande campagne de sensibilisation du public doit alerter les usagers des dangers qu’ils font courir aux animaux marins, entre baignades et utilisation d’engins motorisés sur cette zone ultra-sensible. Le chabot du Lez, un destin désormais entre les mains de l’Homme, entre protection de l’environnement et respect du vivant.

Ed.W